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Adrien Gloaguen : parcours et méthode du fondateur de Touriste

Fondateur du groupe hôtelier Touriste et de Camping Liberté, Adrien Gloaguen fait partie des entrepreneurs qui ont choisi de construire dans un secteur exigeant, capitalistique et très concurrentiel : l’hôtellerie. Invité du podcast BUILD, animé par Xavier Rodriguez, il revient sur son parcours, ses premiers apprentissages, la reprise de son premier hôtel à 25 ans, le financement de sa croissance, la singularité de ses établissements et sa diversification vers l’hébergement de plein air.

Son témoignage révèle une méthode entrepreneuriale très concrète : apprendre le métier par le terrain, se lancer sans attendre le projet parfait, assumer des choix créatifs forts, travailler dans le temps long et rester indépendant pour préserver sa liberté de décision.

Un hôtelier qui ne vient pas d’une famille d’hôteliers

Adrien Gloaguen se définit simplement comme hôtelier. Pourtant, il ne vient pas d’une famille d’hôteliers. Son entrée dans ce métier se fait par curiosité, par expérience et par envie de créer un lieu différent.

Le premier déclic arrive à 18 ans, lors d’un job d’été à Londres. Il travaille alors dans une auberge de jeunesse. Il y découvre un univers vivant, international, informel, où l’hébergement ne se limite pas à une chambre. Les voyageurs se croisent, échangent, boivent un verre au pub, racontent leurs expériences, reviennent d’Australie, d’Europe ou d’un tour du monde.

Cette ambiance le marque profondément. Il comprend que l’hébergement peut être un lieu de rencontre, une expérience, un moment de vie. À ce moment-là, il observe aussi que Paris, pourtant l’une des grandes destinations touristiques mondiales, ne dispose pas encore d’une offre d’auberges de jeunesse aussi structurée, moderne et attractive que celle qu’il a connue à Londres.

C’est là que naît sa première intuition : ouvrir une auberge de jeunesse à Paris.

Le déclic londonien : penser l’hébergement autrement

L’expérience londonienne est fondatrice dans le parcours d’Adrien Gloaguen. Elle lui permet de découvrir un modèle d’hébergement plus libre, plus social et plus vivant que l’hôtellerie traditionnelle.

Au début des années 2000, les auberges de jeunesse françaises sont encore souvent associées à des structures associatives ou très simples. À Londres, Adrien Gloaguen découvre au contraire une approche plus professionnelle, plus “brandée”, où l’on pense l’expérience globale : les dortoirs, le bar, les espaces communs, l’ambiance, le flux des voyageurs.

Pendant ses études en école de commerce, il garde cette idée en tête. Il explore le secteur, rencontre des professionnels, travaille dans l’univers de l’hôtellerie et commence à construire un premier réseau.

Son projet initial évolue cependant. Ouvrir une auberge de jeunesse demande beaucoup de volume, donc des bâtiments importants et des moyens financiers élevés. Il se rend compte qu’il ne dispose pas encore des ressources nécessaires pour créer ce type de projet.

Plutôt que d’abandonner, il ajuste son ambition. Il se tourne vers la reprise d’un petit hôtel parisien.

Se former au terrain avant de reprendre un hôtel

Avant de devenir propriétaire et exploitant, Adrien Gloaguen veut comprendre le métier.

Il travaille pendant environ un an dans l’hôtellerie et passe par plusieurs postes opérationnels : réceptionniste, veilleur de nuit, valet de chambre. Cette immersion lui permet de découvrir la réalité quotidienne d’un établissement.

Cette étape est essentielle dans sa trajectoire. Elle lui permet d’apprendre les gestes, les contraintes, les horaires, les attentes des clients, les difficultés d’exploitation et les besoins des équipes.

Elle lui donne aussi une légitimité. Lorsqu’il reprendra son propre hôtel, il saura de quoi il parle. Il ne dirigera pas uniquement depuis un tableur ou un business plan. Il aura déjà vu le terrain.

Cette approche dit beaucoup de sa méthode : avant de transformer un métier, il faut le comprendre. Avant d’exiger, il faut avoir observé. Avant de décider, il faut avoir expérimenté.

Pour tout entrepreneur qui souhaite se lancer dans un secteur nouveau, cette leçon est précieuse. Le terrain reste la meilleure école.

Reprendre son premier hôtel à 25 ans

À 25 ans, Adrien Gloaguen reprend son premier hôtel : un établissement d’environ 30 chambres à Alésia, dans le 14e arrondissement de Paris.

Il dispose d’un apport familial important pour un jeune entrepreneur, mais limité au regard des besoins d’un projet hôtelier. L’hôtellerie est un métier où les investissements de départ sont élevés. Les banques demandent des garanties, des fonds propres et une capacité à porter les travaux.

Adrien Gloaguen essuie alors six refus bancaires. La septième banque accepte finalement de financer l’achat du fonds de commerce, mais pas les travaux.

Le banquier lui propose un accord : s’il atteint le chiffre d’affaires prévu dans son business plan au bout d’un an, la banque financera ensuite les travaux.

Adrien Gloaguen accepte. Il reprend donc un hôtel imparfait, sans avoir encore les moyens de le rénover. Pour compenser, il travaille l’exploitation et le commercial avec une intensité maximale. Il démarche les entreprises du quartier, va chercher les clients, remplit l’hôtel, fait connaître son adresse.

Au bout d’un an, il atteint le chiffre d’affaires annoncé. Le banquier tient parole et finance les travaux.

Cette histoire résume bien son tempérament entrepreneurial : prendre le risque, faire le travail, prouver par les résultats, puis passer à l’étape suivante.

Une première leçon : ne pas attendre le projet parfait

Le premier hôtel d’Adrien Gloaguen n’est pas le projet parfait.

L’établissement doit être rénové. Le financement est incomplet. Les banques sont frileuses. L’apport est insuffisant au regard des standards du secteur. Les conditions ne sont pas idéales.

Mais il se lance.

Cette décision est l’un des grands enseignements de son parcours. Beaucoup d’entrepreneurs attendent le bon moment, le bon emplacement, le bon financement, le bon partenaire, le bon contexte. Adrien Gloaguen montre qu’un projet imparfait peut devenir fondateur si l’entrepreneur compense par l’énergie, la lucidité et l’exécution.

Bien sûr, cela ne signifie pas qu’il faut se lancer sans réfléchir. Mais dans certains métiers, attendre la perfection revient parfois à ne jamais commencer.

Son parcours rappelle qu’une entreprise se construit en avançant. Le premier projet sert aussi à apprendre, à créer une crédibilité, à bâtir une relation bancaire et à ouvrir les portes des projets suivants.

La naissance de Touriste

Au fil des années, Adrien Gloaguen développe plusieurs hôtels et structure son groupe sous la marque Touriste.

Touriste n’est pas une chaîne hôtelière classique. Le groupe ne cherche pas à reproduire un concept identique dans chaque adresse. Il développe des hôtels indépendants, très décorés, chacun avec son identité propre.

Adrien Gloaguen insiste sur une particularité importante de son modèle : il veut être à la fois actionnaire et exploitant de ses hôtels.

Cela signifie que Touriste ne se contente pas de gérer des établissements pour le compte d’autres propriétaires. Le groupe investit, prend part au capital, transforme les lieux et les exploite.

Ce choix lui donne une liberté précieuse. Il peut décider plus vite, choisir les décorateurs, assumer des partis pris créatifs, engager les travaux et façonner chaque adresse selon sa vision.

Cette liberté est au cœur de l’identité de Touriste.

Une philosophie d’hôtelier indépendant

Adrien Gloaguen défend une philosophie d’hôtellerie indépendante.

Pour lui, être hôtelier ne consiste pas seulement à posséder des murs, gérer des chambres ou optimiser des taux d’occupation. C’est créer une expérience, accueillir, imaginer un lieu, choisir une atmosphère, travailler les détails et faire vivre une adresse.

Cette vision s’oppose aux modèles trop standardisés. Dans certains groupes, l’efficacité repose sur la répétition : même design, même mobilier, même expérience, même promesse. Chez Touriste, la cohérence ne vient pas de l’uniformité. Elle vient d’un état d’esprit.

Chaque hôtel doit avoir une personnalité. Chaque projet doit être pensé pour son quartier, son bâtiment, son potentiel et sa clientèle.

Adrien Gloaguen ne cherche pas à faire des hôtels “hype” pour suivre une tendance. Il explique plutôt qu’il veut faire des lieux qui lui plaisent, qui ont une âme, qui donnent envie et qui offrent un bon rapport qualité-prix.

Créer des hôtels qui ne se ressemblent pas

L’une des signatures les plus visibles d’Adrien Gloaguen est sa capacité à créer des hôtels très différents les uns des autres.

L’Hôtel Panache, l’Hôtel des Deux Gares, l’Hôtel Bienvenue, l’Hôtel du Château d’Eau, La Boétie ou Beau Regard ne reposent pas sur une même charte copiée-collée. Chaque lieu possède son atmosphère, son décorateur, son univers visuel.

Cette diversité est volontaire. Adrien Gloaguen aime travailler avec des décorateurs et décoratrices capables de sortir des codes habituels de l’hôtellerie. Il apprécie les partis pris forts, les atmosphères marquées, les décors qui ne cherchent pas à plaire à tout le monde.

L’Hôtel du Château d’Eau, par exemple, illustre cette audace avec des choix décoratifs très affirmés. Ce type de projet montre que la décoration peut devenir un véritable levier de différenciation.

Dans un marché hôtelier très concurrentiel, où beaucoup d’établissements se ressemblent, cette singularité crée de la désirabilité.

Le boutique hôtel selon Adrien Gloaguen

Dans BUILD, Adrien Gloaguen revient sur la notion de boutique hôtel.

Le terme vient notamment de l’univers américain, avec Ian Schrager, associé au Studio 54 puis à des hôtels iconiques à New York. À l’origine, le boutique hôtel désigne des établissements plus petits que les grands hôtels américains, avec des lieux de vie, des rez-de-chaussée travaillés, des bars, des restaurants, des espaces communs et une décoration très poussée.

Adrien Gloaguen ne revendique pas nécessairement cette étiquette de manière stricte. Il préfère parler d’hôtels décorés, moyen de gamme ou moyen de gamme plus, avec une vraie atmosphère et un bon rapport qualité-prix.

Sa vision est simple : proposer des lieux agréables, beaux, accessibles, qui permettent aux voyageurs de profiter de Paris sans consacrer tout leur budget à la chambre.

L’hôtel devient alors une partie de l’expérience du voyage, sans l’écraser. Il doit être suffisamment singulier pour marquer le séjour, mais suffisamment accessible pour laisser de la place à la ville, aux restaurants, aux bars et aux découvertes.

Grandir avec des investisseurs sans perdre son indépendance

Le développement d’un groupe hôtelier demande des moyens importants.

Adrien Gloaguen explique que l’hôtellerie est un métier très capitalistique. Acheter un fonds de commerce, financer des travaux, entretenir un établissement, porter une dette et réinvestir régulièrement nécessite des fonds propres solides.

Pour se développer, il s’appuie sur plusieurs partenaires financiers : les banques, les family offices, puis des fonds comme Bpifrance et Eternam.

Les family offices jouent un rôle important dans les premières étapes. Ils accompagnent certains projets hôtel par hôtel, dans une logique de temps long. Ce type de partenaire correspond bien à la philosophie d’Adrien Gloaguen : construire, exploiter, désendetter, réinvestir, faire durer.

Plus tard, l’entrée de fonds au capital de la holding permet d’accélérer le développement. À partir de 2021, Touriste acquiert plusieurs hôtels et plusieurs campings.

Mais Adrien Gloaguen reste attentif à son indépendance. Il conserve une position majoritaire, ce qui lui permet de garder le contrôle de la stratégie et de préserver sa liberté entrepreneuriale.

Le financement hôtelier : une affaire de temps long

L’hôtellerie ne fonctionne pas sur les mêmes temporalités que certains modèles de start-up.

Les actifs sont lourds. Les montants d’apport sont élevés. Les emprunts se remboursent sur de longues périodes. Les rénovations demandent des budgets importants. Les retours sur investissement se construisent dans la durée.

Adrien Gloaguen assume cette dimension. Il parle d’une économie longue, presque patrimoniale. Il ne cherche pas une sortie rapide. Il se projette dans le métier.

Cette vision influence ses choix d’investisseurs. Elle explique aussi son attachement aux partenaires capables de comprendre le temps long : banques fidèles, family offices, fonds alignés sur la stratégie.

Dans son parcours, la relation bancaire joue un rôle important. La banque qui l’a accompagné sur son premier hôtel reste encore aujourd’hui un partenaire majeur de ses opérations.

Cette fidélité dit quelque chose de sa manière de construire : la croissance repose aussi sur la confiance accumulée avec les partenaires financiers.

Camping Liberté : découvrir un nouveau métier

Après avoir développé Touriste dans l’hôtellerie, Adrien Gloaguen se lance dans un nouveau terrain : le camping, avec Camping Liberté.

Ce choix peut surprendre, mais il s’inscrit dans une logique cohérente. Le camping appartient lui aussi au monde de l’hébergement, mais avec des codes très différents : espaces extérieurs, saisonnalité, emplacements, mobil-homes, équipements, loisirs, familles, nature, services.

Adrien Gloaguen ne prétend pas connaître ce métier d’avance. Il adopte la même méthode que pour l’hôtellerie : apprendre, rencontrer, visiter les salons professionnels, discuter avec les acteurs du secteur, comprendre les usages et les contraintes.

Cette diversification montre son goût pour les nouveaux terrains de jeu. Elle montre aussi sa capacité à étendre son savoir-faire d’hôtelier vers d’autres formes d’hébergement.

Camping Liberté porte une logique de marque plus explicite que les hôtels Touriste, qui conservent chacun leur nom et leur singularité. C’est une nouvelle étape entrepreneuriale.

Le plaisir comme moteur entrepreneurial

Dans l’épisode, Adrien Gloaguen formule une idée très simple : ce qui le fait se lever le matin, c’est de prendre du plaisir dans son travail.

Cette phrase est importante. Elle explique une partie de ses choix.

Il ne cherche pas seulement à grossir pour grossir. Il ne veut pas que les logiques financières prennent toute la place. Il apprécie ses investisseurs, mais il sait aussi que si la pression du fonds devient trop forte ou trop éloignée du métier, cela ne lui correspondra plus.

Son moteur reste la création de lieux, le goût du terrain, les équipes, les ouvertures, les décors, les clients, les projets.

Cette dimension humaine donne du relief à son parcours. La croissance n’est pas seulement une addition d’actifs. Elle doit rester liée à une envie profonde de construire.

Les conseils d’Adrien Gloaguen aux entrepreneurs

Le parcours d’Adrien Gloaguen offre plusieurs conseils utiles à celles et ceux qui veulent entreprendre dans l’hôtellerie, le tourisme ou tout autre secteur opérationnel.

Le premier conseil est d’apprendre le métier. Travailler sur le terrain, même brièvement, permet de comprendre la réalité et d’éviter les décisions déconnectées.

Le deuxième est de rencontrer les acteurs du secteur. Les salons professionnels, les échanges, les visites et les discussions permettent de gagner du temps et d’éviter certaines erreurs.

Le troisième est de ne pas attendre le projet parfait. Il faut être prudent, mais il faut aussi savoir se lancer.

Le quatrième est de choisir ses partenaires avec soin. Dans les métiers capitalistiques, les banques et investisseurs ne sont pas de simples financeurs. Ils influencent le rythme, les possibilités et parfois la liberté de l’entrepreneur.

Le cinquième est de cultiver sa différence. Dans un marché dominé par de grands groupes, la singularité peut devenir un avantage.

Le sixième est de rester connecté au plaisir de faire. Une entreprise qui grandit sans envie peut perdre son âme.

Pourquoi écouter Adrien Gloaguen dans BUILD ?

L’épisode BUILD avec Adrien Gloaguen est un contenu précieux pour les entrepreneurs, hôteliers, investisseurs, professionnels du tourisme, restaurateurs et créateurs de marques.

On y découvre les coulisses de l’hôtellerie indépendante : reprise de fonds de commerce, relation bancaire, travaux, décoration, exploitation, financement, family offices, fonds d’investissement et diversification.

On y comprend surtout la méthode d’un entrepreneur qui construit autrement. Adrien Gloaguen ne cherche pas à reproduire un modèle unique. Il développe un groupe, mais préserve l’identité de chaque lieu. Il grandit, mais reste attaché au temps long. Il finance sa croissance, mais conserve sa liberté.

Son parcours montre qu’il est possible de bâtir un groupe hôtelier indépendant en assumant des choix créatifs forts et une vision personnelle du métier.

Écouter Adrien Gloaguen dans le podcast BUILD

Dans cet épisode de BUILD, Xavier Rodriguez reçoit Adrien Gloaguen, fondateur de Touriste et de Camping Liberté, pour parler d’hôtellerie indépendante, de boutique hôtels, de reprise d’hôtels, de financement, de décoration, de croissance et de diversification.

Découvrir l’entretien complet d’Adrien Gloaguen dans BUILD pour comprendre comment il a construit Touriste et pourquoi l’hôtellerie peut encore être un formidable terrain entrepreneurial.

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