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Benjamin Suchar : le parcours d’un entrepreneur qui transforme les irritants du quotidien en entreprises

Benjamin Suchar fait partie de ces entrepreneurs qui ne partent pas d’un business plan théorique, mais d’un problème réel.

Dans cet épisode de BUILD, le podcast animé par Xavier Rodriguez, il revient sur son parcours entrepreneurial : de CheckMyMetro à Yoopies, jusqu’à Worklife, son entreprise actuelle dédiée aux avantages salariés. Un échange passionnant sur l’entrepreneuriat, les pivots, la croissance, la vente aux grands comptes et la manière de créer des solutions utiles à partir des irritants du quotidien.

À travers cette conversation, une conviction se dessine : pour Benjamin Suchar, entreprendre consiste à observer ce qui ne fonctionne pas, tester les limites et créer de nouveaux usages.

Qui est Benjamin Suchar ?

Benjamin Suchar se présente d’abord comme un entrepreneur.

Son moteur est simple : identifier une situation du quotidien qui pourrait fonctionner autrement, puis construire une solution pour la transformer. Dans BUILD, il explique avoir toujours réfléchi à la manière de “faire évoluer et changer les choses” à travers des solutions concrètes.

Ce rapport très direct à l’action traverse tout son parcours.

Benjamin Suchar n’a pas construit une seule entreprise autour d’une idée figée. Il a avancé par étapes, par apprentissages successifs, par opportunités et par pivots. Son histoire entrepreneuriale commence avec une application liée au métro, se poursuit avec une plateforme de services à la personne, puis se transforme en une solution B2B dédiée aux avantages salariés.

À chaque fois, le point de départ est le même : un usage imparfait, une frustration, une limite à déplacer.

CheckMyMetro : une première aventure entre provocation et innovation

La première aventure entrepreneuriale de Benjamin Suchar s’appelle CheckMyMetro.

À l’origine, l’application permet notamment de signaler la présence de contrôleurs dans le métro. Un concept provocateur, qui pourrait être résumé trop vite à une simple application anti-contrôle. Mais dans l’épisode, Benjamin explique que le sujet était plus large.

À l’époque, nous sommes autour de 2010. Les données de transport sont encore peu ouvertes. Les plans, les horaires et les informations utiles aux usagers ne sont pas aussi facilement accessibles qu’aujourd’hui. Benjamin s’intéresse alors à l’open data, aux usages communautaires et à la possibilité de créer une meilleure expérience pour les utilisateurs des transports.

CheckMyMetro devient ainsi une première manière de tester le rapport entre innovation, réglementation et usage réel.

L’application ne deviendra pas une grande entreprise. Benjamin comprend que le modèle économique est limité et qu’il faudrait beaucoup de capital pour atteindre une masse critique. Mais cette première expérience lui donne une méthode : observer un système, identifier ses limites, créer un usage nouveau et apprendre vite.

C’est une première brique essentielle dans son parcours.

Yoopies : créer de la confiance là où elle est indispensable

Après CheckMyMetro, Benjamin Suchar identifie un nouveau problème, beaucoup plus familial : la difficulté de trouver une personne de confiance pour garder ses enfants.

L’idée naît lors d’un moment personnel. Ses sœurs cherchent une solution de babysitting et les outils disponibles sont décevants. Dans un domaine où la confiance est fondamentale, l’expérience utilisateur est alors très pauvre.

Benjamin y voit une opportunité.

Avec Yoopies, il veut créer une plateforme capable de faciliter la mise en relation entre familles et babysitters. L’idée est de s’appuyer sur le réseau, les recommandations et la confiance. À ses débuts, la plateforme se présente comme une sorte de Facebook du babysitting, permettant de voir si une personne a déjà été recommandée par quelqu’un de son entourage.

La croissance est progressive. Yoopies avance avec peu de moyens, beaucoup d’énergie et une approche très pragmatique. Benjamin raconte avoir levé environ 170 000 euros au départ, une somme qui l’a obligé à gérer chaque euro avec prudence. Cette période lui apprend la frugalité, la patience et la construction progressive d’un produit.

De la garde d’enfants aux services à la personne

Yoopies ne reste pas uniquement positionnée sur la garde d’enfants.

Progressivement, l’entreprise s’élargit à d’autres services à la personne : ménage, aide à domicile, accompagnement, services du quotidien. Cette extension répond à une logique simple : les familles n’ont pas seulement besoin d’une babysitter, elles ont besoin de solutions fiables pour mieux organiser leur vie.

Benjamin et son équipe construisent aussi leur visibilité grâce à la donnée et au contenu. Dans l’épisode, il explique notamment que Yoopies publiait chaque année une étude sur le prix du babysitting en France. Ce type de contenu permet à l’entreprise de gagner en notoriété, d’intéresser les médias et de développer son référencement naturel.

C’est un enseignement important pour les entrepreneurs : une startup ne grandit pas seulement grâce à son produit. Elle grandit aussi grâce à sa capacité à devenir une source d’information utile sur son marché.

Le passage au B2B : quand la vie personnelle devient un sujet d’entreprise

L’un des tournants majeurs de Yoopies intervient lorsque Benjamin Suchar comprend que le besoin adressé par la plateforme n’est pas uniquement personnel.

Les clients de Yoopies sont souvent des femmes et des hommes qui travaillent. Lorsqu’un salarié rencontre un problème de garde d’enfants ou d’organisation familiale, cela peut avoir un impact direct sur sa disponibilité, sa performance et sa sérénité professionnelle.

L’entreprise devient donc naturellement concernée.

À partir de ce constat, Yoopies développe une offre B2B destinée aux entreprises. L’idée : permettre aux employeurs de proposer à leurs collaborateurs un accès facilité à des services de garde ou de services à la personne.

Ce mouvement est décisif dans la trajectoire de Benjamin Suchar. Il l’amène à rencontrer les DRH, à comprendre les problématiques d’engagement salarié, à vendre à des grands comptes et à découvrir les limites des dispositifs RH traditionnels.

Autrement dit, Yoopies devient le pont entre son expérience B2C initiale et ce qui deviendra plus tard Worklife.

L’internationalisation et l’impact social

Dans BUILD, Benjamin Suchar revient également sur l’internationalisation de Yoopies.

L’un des passages les plus marquants concerne le rachat d’une entreprise à Hong Kong. Cette plateforme repose sur un modèle proche de celui de Yoopies, mais avec une dimension sociale beaucoup plus forte : aider des travailleuses venues notamment des Philippines à trouver directement des employeurs, sans passer par des intermédiaires peu scrupuleux.

Benjamin découvre alors un système dur, dans lequel certaines personnes peuvent être enfermées dans des mécanismes de dette ou de dépendance. Sa réponse reste celle d’un entrepreneur tech : construire une marketplace, développer la visibilité, utiliser les réseaux sociaux, traduire les contenus, travailler avec des associations et maximiser l’impact de la solution.

Ce passage montre une autre facette de son parcours : l’entrepreneuriat peut être un outil d’efficacité économique, mais aussi un moyen de résoudre des problèmes humains très concrets.

Pourquoi Benjamin Suchar a pivoté vers Worklife

Malgré le développement de Yoopies, Benjamin Suchar finit par identifier une limite.

Le marché de la garde formelle reste plus petit qu’il ne l’imaginait. Pour un entrepreneur qui veut créer une entreprise de grande taille, le potentiel semble insuffisant. Il comprend alors qu’il doit s’attaquer à un marché plus large.

Ce marché, ce sera celui des avantages salariés.

Plusieurs éléments accélèrent cette réflexion.

D’abord, Benjamin a déjà développé une expertise du monde RH grâce à Yoopies. Il a vendu aux grandes entreprises, discuté avec des DRH et compris leurs problématiques.

Ensuite, la crise du Covid bouleverse les usages : télétravail, fin de la centralité de la cantine, nouveaux modes de mobilité, besoin de titres restaurant, forfait mobilité durable, adaptation des entreprises aux nouveaux modes de travail.

Enfin, il constate que les avantages proposés aux salariés sont souvent fragmentés. Mutuelle, titres restaurant, mobilité, épargne salariale, indemnités, notes de frais : tout est dispersé dans différents outils, différentes cartes et différents canaux.

C’est ce constat qui donne naissance à Worklife.

Worklife : rendre les avantages salariés visibles et utiles

Avec Worklife, Benjamin Suchar veut simplifier l’expérience collaborateur.

La solution regroupe plusieurs dispositifs financiers sur une carte de paiement et une application : titres restaurant, mobilité domicile-travail, indemnité télétravail, essence, recharge électrique, notes de frais ou encore cartes carburant.

Mais l’ambition dépasse la simple carte de paiement.

Pour Benjamin, les avantages salariés doivent devenir un levier d’engagement. Une entreprise peut investir beaucoup dans ses collaborateurs, mais si ces dispositifs sont mal compris, invisibles ou peu utilisés, leur impact reste limité.

Worklife permet donc de rendre ces avantages plus concrets. La carte s’inscrit dans le quotidien du salarié. L’application peut aussi devenir un canal de communication, notamment pour toucher des collaborateurs qui ne sont pas toute la journée devant un ordinateur.

C’est un enjeu majeur pour les entreprises de terrain, les salariés détachés, les équipes opérationnelles ou les organisations où l’email interne ne suffit pas.

Un entrepreneur qui pense produit, marché et distribution

L’un des grands intérêts du parcours de Benjamin Suchar est qu’il ne réduit jamais l’entrepreneuriat au produit.

Bien sûr, le produit compte. Dans l’épisode, il affirme être convaincu que Worklife propose l’un des meilleurs produits du marché en matière d’avantages salariés, notamment grâce à sa capacité à regrouper plusieurs dispositifs dans une seule carte.

Mais il insiste aussi sur d’autres dimensions : la distribution, le réseau, les grands comptes, la réglementation, le modèle économique, l’efficacité commerciale.

L’exemple d’Amazon est particulièrement révélateur. Worklife signe très tôt avec ce grand compte, notamment grâce à l’expertise B2B accumulée par Benjamin avec Yoopies, à son réseau de DRH et à la capacité de son équipe à répondre à un besoin concret autour de la mobilité.

Cet épisode rappelle qu’une entreprise ne se construit pas seulement avec une idée forte. Elle se construit avec une exécution solide.

L’adossement au Crédit Agricole : changer d’échelle

Worklife est aujourd’hui adossée au Crédit Agricole, après la revente de l’entreprise au groupe.

Dans l’épisode, Benjamin revient sur cette étape importante. Elle pose une question intéressante pour tous les entrepreneurs : que se passe-t-il lorsqu’une startup rejoint un grand groupe ?

Dans le cas de Worklife, l’adossement au Crédit Agricole répond à plusieurs enjeux. Le marché des avantages salariés et du paiement est complexe, réglementé et dominé par des acteurs puissants. Pour s’y développer durablement, il faut de la solidité, de la confiance et une capacité de distribution importante.

Le Crédit Agricole apporte cette force. Worklife, de son côté, conserve une vision entrepreneuriale et produit.

C’est une combinaison intéressante : la vitesse et l’innovation d’une startup, associées à la puissance d’un grand groupe bancaire.

Son “super pouvoir” : l’obsession des limites

Vers la fin de l’épisode, Benjamin Suchar résume lui-même ce qui le caractérise : son obsession des limites.

Cette formule éclaire tout son parcours.

Avec CheckMyMetro, il teste les limites d’un système fermé autour des données de transport.

Avec Yoopies, il teste les limites de la confiance dans les services à la personne.

Avec Worklife, il teste les limites d’un marché historique, celui des avantages salariés et des titres restaurant.

Cette obsession ne consiste pas seulement à provoquer. Elle consiste à poser une question entrepreneuriale très puissante : et si on faisait autrement ?

Et si une carte de paiement pouvait devenir un outil RH ?

Et si les avantages salariés devenaient un canal d’engagement ?

Et si une entreprise pouvait mieux communiquer avec ses salariés grâce à un usage quotidien ?

Et si les dispositifs financiers au-delà du salaire étaient enfin réunis dans une seule expérience ?

C’est cette manière de penser qui fait de Benjamin Suchar un entrepreneur singulier.

Ce que les entrepreneurs peuvent apprendre de Benjamin Suchar

Le parcours de Benjamin Suchar offre plusieurs enseignements utiles à tous ceux qui construisent une entreprise.

Le premier : partir d’un problème réel. Les meilleures idées ne naissent pas toujours d’une grande vision stratégique. Elles naissent souvent d’un irritant précis, vécu personnellement.

Le deuxième : accepter de pivoter. Benjamin n’a pas cherché à défendre indéfiniment un marché devenu trop limité. Il a su reconnaître le plafond de verre et déplacer son énergie vers un marché plus ambitieux.

Le troisième : construire un actif relationnel. Les réseaux de DRH, les premiers clients, les investisseurs, les rencontres accumulées au fil des années ont joué un rôle clé dans le développement de Worklife.

Le quatrième : comprendre que le marché compte autant que le produit. Une bonne solution ne suffit pas si le marché est trop petit, trop fermé ou mal adressé.

Le cinquième : rester en mouvement. Benjamin Suchar semble animé par le besoin de créer, de tester, d’apprendre et de repartir sur un nouveau défi.

Benjamin Suchar dans BUILD : un épisode pour les dirigeants, DRH et entrepreneurs

L’échange entre Xavier Rodriguez et Benjamin Suchar dépasse largement le simple portrait d’entrepreneur.

Il permet de réfléchir à plusieurs sujets essentiels : la marque employeur, les avantages salariés, la communication interne, la vente aux grands comptes, le pivot, la croissance, l’acquisition par un grand groupe et la transformation d’un marché réglementé.

Pour les entrepreneurs, c’est un retour d’expérience concret sur la manière de construire, d’adapter et de faire grandir une entreprise.

Pour les dirigeants et DRH, c’est une réflexion utile sur la manière de créer plus de valeur pour les salariés.

Pour les auditeurs de BUILD, c’est un épisode qui illustre parfaitement l’ambition du podcast : comprendre comment se construisent les entreprises, les marchés et les trajectoires entrepreneuriales.

Écouter l’épisode complet avec Benjamin Suchar

Dans cet épisode de BUILD, Benjamin Suchar partage son parcours avec transparence : ses premières idées, ses pivots, ses intuitions, ses doutes, sa vision de Worklife et son regard sur l’avenir des avantages salariés.

Un épisode à écouter pour comprendre comment un entrepreneur transforme les contraintes, les irritants et les limites en opportunités de création.

Retrouvez l’épisode complet de BUILD avec Benjamin Suchar sur YouTube, Spotify, Apple Podcasts, Deezer et toutes les plateformes d’écoute.

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