Catherine Guerniou : diriger une PME du bâtiment entre RSE, crises et stratégie de différenciation
Diriger une PME dans un secteur sous pression
Entre inflation des normes, concurrence internationale, transition écologique et pénurie de main-d’œuvre, diriger une PME du bâtiment en France relève souvent d’un exercice d’équilibriste.
Pourtant, certaines dirigeantes refusent de céder au fatalisme.
C’est le cas de Catherine Guerniou, gérante de l’entreprise La Fenêtrière, vice-présidente en charge de la transition écologique et de la RSE à la Fédération Française du Bâtiment, et engagée auprès des PME au sein de la CPME.
Dans cet épisode du podcast BUILD, elle partage une vision lucide de l’entrepreneuriat dans le bâtiment : un leadership forgé par les crises, une stratégie de différenciation assumée et une approche très concrète de la RSE.
Son témoignage est celui d’une dirigeante qui parle d’expérience.
Une entrepreneure issue du terrain
Catherine Guerniou dirige aujourd’hui La Fenêtrière, une PME d’une douzaine de salariés implantée en Île-de-France et spécialisée dans la fabrication de menuiseries.
L’entreprise réalise environ 3 millions d’euros de chiffre d’affaires et revendique une fabrication française avec une origine France garantie.
Mais son parcours entrepreneurial n’a rien d’un chemin tracé.
Issue d’une famille d’entrepreneurs, elle a grandi dans un environnement où l’entreprise faisait partie du quotidien.
Après des études scientifiques puis commerciales, elle envisage de reprendre l’entreprise familiale à la fin des années 1990.
Une ambition qui se révélera beaucoup plus complexe que prévu.
Reprendre une entreprise familiale : une réalité souvent sous-estimée
La transmission d’une PME familiale est souvent idéalisée.
Dans la réalité, le processus est long, parfois conflictuel, et toujours exigeant.
Catherine Guerniou l’explique très clairement dans l’épisode :
Reprendre une PME familiale, ce n’est pas seulement récupérer un outil de travail.
C’est aussi trouver sa place dans une organisation qui fonctionne déjà.
“Quand tu reprends une PME familiale, tu as l’impression que ça va être facile… et en fait ça ne l’est vraiment pas.”
Les équipes sont en place.
Les fondateurs ont leurs habitudes.
Les clients ont leurs repères.
Le nouveau dirigeant doit à la fois respecter l’héritage et imposer sa vision.
Pour Catherine Guerniou, cette étape passera par une rupture temporaire : elle quitte l’entreprise pendant un temps afin de gagner en maturité et en expérience.
Lorsqu’elle revient en 2005 pour reprendre officiellement la direction, elle a changé de perspective.
Transformer une PME artisanale en organisation structurée
La première étape de sa stratégie consiste à structurer l’entreprise.
Elle met en place une démarche de gestion prévisionnelle des compétences afin d’identifier précisément :
les fonctions nécessaires au fonctionnement de l’entreprise
les compétences détenues par les collaborateurs
les manques à combler.
Cette méthodologie permet de repenser l’organisation interne et d’impliquer davantage les équipes.
Car le changement le plus profond est managérial.
À son arrivée, le modèle est essentiellement vertical : les salariés exécutent, la direction décide.
Elle décide de transformer cette logique.
Son objectif est simple :
faire passer les collaborateurs de spectateurs à acteurs de l’entreprise.
Cette évolution renforce l’engagement des équipes et donne davantage de sens au travail.
Une stratégie de différenciation face à la concurrence internationale
Comme beaucoup de PME industrielles françaises, La Fenêtrière a été confrontée à un choc majeur : la concurrence internationale.
Au début des années 2010, les importations massives de menuiseries venues d’Europe de l’Est bouleversent l’équilibre du marché.
La compétitivité des entreprises françaises est fortement fragilisée.
L’entreprise doit prendre des décisions difficiles.
Elle abandonne notamment son activité aluminium, ce qui entraîne des licenciements économiques et une réduction significative des effectifs.
“On était quatorze, on est tombé à sept.”
Des décisions extrêmement lourdes pour une dirigeante.
Car dans une PME, les licenciements ne sont jamais abstraits : ce sont des collègues, des parcours, des familles.
Le leadership dans les moments difficiles
Les crises font partie de la vie d’une entreprise.
Mais certaines situations marquent particulièrement un dirigeant.
Catherine Guerniou évoque notamment un accident grave survenu dans l’entreprise, qui entraînera une longue procédure administrative.
Une procédure de plus de deux ans et demi qui coûtera plus de 90 000 euros à l’entreprise.
Des épisodes qui rappellent à quel point la gestion d’une PME peut être éprouvante.
Entre pressions financières, responsabilités humaines et incertitudes réglementaires, la fonction de dirigeant exige une résilience permanente.
Une vision pragmatique de la RSE
Aujourd’hui, Catherine Guerniou est également très engagée dans les sujets de responsabilité sociétale.
À la Fédération Française du Bâtiment, elle travaille notamment sur la transition écologique et les politiques RSE.
Mais sa vision est très pragmatique.
Selon elle, beaucoup de PME font déjà de la RSE sans forcément le formuler ainsi.
Parce qu’elles sont profondément ancrées dans leur territoire :
elles travaillent avec des partenaires locaux
elles soutiennent des initiatives associatives
elles investissent dans leurs équipes
elles privilégient la transmission des savoir-faire.
“On a tous en nous quelque chose de RSE.”
Pour elle, la RSE ne doit pas être une stratégie de communication.
Elle doit rester une pratique concrète.
Défendre un secteur souvent mal compris
Au-delà de son entreprise, Catherine Guerniou porte aussi un combat plus large : la valorisation des métiers du bâtiment.
Le secteur souffre selon elle d’un déficit d’image important.
Les métiers sont souvent perçus comme pénibles ou peu valorisants, alors qu’ils mobilisent des compétences techniques, technologiques et artisanales très avancées.
Elle rappelle une évidence simple :
Sans bâtiment, aucune société ne fonctionne.
“Imaginez un monde sans bâtiment : plus de commerces, plus d’habitat, plus d’infrastructures.”
Cette prise de conscience est essentielle pour attirer de nouvelles générations dans ces métiers.
Un regard lucide sur les politiques publiques
L’épisode aborde également les enjeux réglementaires et économiques auxquels les entreprises du bâtiment doivent faire face.
Catherine Guerniou défend une idée simple :
La transition écologique est nécessaire.
Mais elle doit rester compatible avec la réalité économique des entreprises.
Elle dénonce notamment le risque d’un excès de normes et d’un empilement réglementaire.
“On est les champions de la règle.”
Un constat partagé par de nombreux entrepreneurs.
Pourquoi Catherine Guerniou était invitée dans BUILD
Le podcast BUILD met en lumière celles et ceux qui construisent des entreprises et des projets dans la durée.
Le parcours de Catherine Guerniou incarne parfaitement cette dynamique.
Son expérience combine :
la reprise d’une PME familiale
la transformation d’un modèle économique
la gestion de crises majeures
un engagement institutionnel fort
une vision pragmatique de la RSE.
Un témoignage précieux pour tous les entrepreneurs confrontés à la complexité du réel.
L’entrepreneuriat dans sa forme la plus concrète
Le parcours de Catherine Guerniou rappelle une chose essentielle : entreprendre ne consiste pas seulement à développer une entreprise.
C’est aussi affronter les crises, prendre des décisions difficiles, défendre une vision et s’engager pour son secteur.
Dans un contexte économique et réglementaire souvent incertain, son témoignage apporte une perspective précieuse sur la réalité des PME françaises.
🎧 Pour découvrir l’intégralité de cet échange, écoutez l’épisode du podcast BUILD avec Catherine Guerniou : https://podcast.ausha.co/build/diriger-pme-france-realite-rse-decisions-difficiles-catherine-guerniou
L’épisode est également disponible sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=vZSEfmKQCSc&t=1s