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Chavin : comment la Maison française a imposé le vin sans alcool premium à l’international

Le vin sans alcool n’est plus une simple curiosité. Il devient une véritable catégorie de consommation, portée par la modération, le Dry January, les nouvelles attentes des consommateurs et la recherche d boissons plus raffinées que les sodas ou l’eau pétillante.

Parmi les marques qui ont contribué à structurer ce marché, Chavin occupe une place à part.

Fondée en 2010 par Mathilde Boulachin, la Maison Chavin s’est imposée comme une référence française du vin sans alcool premium. Présente dans 65 pays, avec une très forte part de son chiffre d’affaires réalisée à l’export, l’entreprise a su anticiper une tendance qui semblait encore marginale à ses débuts.

Dans un épisode de BUILD, le podcast animé par Xavier Rodriguez, Mathilde Boulachin raconte comment Chavin est née, comment la marque a évangélisé un marché sceptique et pourquoi le vin désalcoolisé répond aujourd’hui à une évolution profonde des usages.

Une Maison née avant que le marché du sans alcool n’explose

Lorsque Chavin voit le jour en 2010, le vin sans alcool n’a pas encore l’image qu’il commence à avoir aujourd’hui.

La catégorie est très peu développée, surtout en France. Dans l’univers du vin, elle est même souvent mal comprise. Beaucoup l’associent à un produit gadget, à une boisson trop sucrée ou à une alternative peu sérieuse.

Mathilde Boulachin, elle, voit autre chose.

Champenoise, issue d’un univers marqué par les bulles, le vin, les marques et le marketing du luxe, elle comprend très tôt qu’il existe une place pour une alternative festive, élégante et adulte au vin traditionnel.

L’idée naît d’un besoin personnel. Enceinte, Mathilde cherche une boisson qui lui permette de conserver le plaisir d’un moment convivial sans consommer d’alcool. Ni l’eau, ni le soda, ni les boissons enfantines ne répondent à cette attente.

Elle décide alors de construire une nouvelle proposition : un vin désalcoolisé, pensé avec les codes du vin, mais sans éthanol.

À l’époque, le pari est risqué. Mais c’est précisément ce qui va permettre à Chavin de se différencier.

Le pari du premium dans le vin sans alcool

Dès le départ, Chavin ne cherche pas à créer une simple boisson de substitution.

La Maison veut proposer une expérience premium.

Ce choix est central. Pour Mathilde Boulachin, le sans alcool ne doit pas être une version dégradée du vin. Il doit offrir une vraie expérience de dégustation, avec une complexité, une élégance et une cohérence gustative.

Ce positionnement suppose des exigences fortes :

  • sélectionner les bonnes matières premières ;
  • choisir des cépages adaptés ;
  • travailler les équilibres aromatiques ;
  • anticiper la désalcoolisation ;
  • préserver la sensation en bouche ;
  • proposer un packaging cohérent avec l’univers du vin ;
  • accompagner le produit par une vraie pédagogie.

Le premium est donc à la fois une contrainte et une stratégie.

Une contrainte, parce que produire un vin sans alcool de qualité coûte plus cher qu’une boisson standard.

Une stratégie, parce qu’il permet à Chavin de sortir de l’image “jus de raisin” ou “boisson enfantine” qui a longtemps freiné la catégorie.

Vin sans alcool ou jus de raisin : quelle différence ?

C’est l’une des questions les plus fréquentes autour du vin sans alcool : est-ce simplement du jus de raisin ?

La réponse est non.

Un vin désalcoolisé part d’un vin. Il est d’abord issu de raisins, de cépages, d’un travail d’assemblage et d’une fermentation. C’est seulement ensuite que l’alcool est retiré.

Dans l’épisode de BUILD, Mathilde Boulachin insiste sur cette différence. Chavin ne propose pas une boisson construite uniquement à partir de jus de raisin, mais une alternative issue du monde du vin.

La nuance est essentielle.

Le jus de raisin n’a pas connu la fermentation. Il ne possède pas la même structure, la même complexité ni les mêmes codes de dégustation.

Le vin désalcoolisé, lui, conserve une partie de cette culture produit : sélection, assemblage, équilibre, aromatique, travail sur la bouche, puis retrait de l’éthanol.

C’est cette différence qui permet à Chavin de s’adresser à des adultes, à des épicuriens, à des amateurs de table et à des consommateurs qui cherchent une alternative sophistiquée sans alcool.

La désalcoolisation : un savoir-faire technique et organoleptique

Faire un bon vin sans alcool ne consiste pas simplement à retirer l’alcool d’un vin classique.

C’est plus complexe.

L’éthanol joue un rôle important dans l’expérience de dégustation. Il porte certains arômes, apporte de la structure et influence la perception en bouche. Lorsqu’on le retire, l’équilibre du produit change.

Le travail de Chavin commence donc bien avant la désalcoolisation.

Il faut choisir des vins et des cépages capables de rester expressifs après retrait de l’alcool. Il faut anticiper la perte de structure, travailler l’acidité, les tanins, les arômes et l’équilibre général.

Mathilde Boulachin explique que la Maison utilise toute la palette œnologique disponible : sélection, assemblage, travail aromatique, recherche de complexité, puis désalcoolisation.

Le procédé repose notamment sur une désalcoolisation à basse température, afin de préserver au mieux la fraction aromatique.

Pour les effervescents, d’autres étapes entrent en jeu : gazéification, stabilisation, embouteillage, maîtrise de la bulle et de la texture.

L’objectif final est clair : proposer une expérience organoleptique sérieuse, c’est-à-dire une expérience agréable et cohérente en bouche.

C’est ce savoir-faire qui distingue un vin désalcoolisé premium d’une simple boisson sans alcool.

Une marque pensée dès le départ pour l’export

L’une des grandes forces de Chavin est sa stratégie internationale.

Au lieu de chercher d’abord à convaincre le marché français, particulièrement attaché aux codes traditionnels du vin, Mathilde Boulachin choisit de partir à l’étranger.

Elle appelle cette stratégie le “ricochet inversé”.

L’idée est simple : développer la marque sur des marchés plus ouverts à l’innovation, puis revenir progressivement en France avec une crédibilité renforcée.

Cette approche s’est révélée décisive.

À l’international, l’image du vin français reste très puissante. Les consommateurs sont souvent sensibles au savoir-faire, au raffinement et à l’art de vivre associés à la France. Certains marchés sont aussi plus ouverts aux alternatives sans alcool, que ce soit pour des raisons culturelles, religieuses, physiologiques ou liées aux nouveaux modes de consommation.

L’Asie, notamment le Japon, représente par exemple un marché important. Les États-Unis et l’Europe sont également des zones clés pour le développement de la catégorie.

Aujourd’hui, Chavin est distribué dans 65 pays et réalise plus de 90 % de son chiffre d’affaires à l’export.

Cette présence internationale permet à la Maison de diversifier ses risques, de ne pas dépendre d’un seul marché et de capter les tendances de consommation à l’échelle mondiale.

Le rôle clé de la distribution

Pour Mathilde Boulachin, une entreprise qui veut grandir doit exceller en distribution.

Dans l’épisode de BUILD, elle explique que Chavin a construit un maillage distributif précis et pragmatique. Dans certains pays, la Maison ne s’appuie pas sur un seul importateur, mais sur plusieurs partenaires afin de couvrir efficacement le terrain.

Cette stratégie est particulièrement importante dans le vin.

Chaque marché a ses codes, ses réglementations, ses circuits de distribution, ses habitudes de consommation, ses niveaux de prix et ses contraintes logistiques.

Une bouteille vendue au Japon, aux États-Unis, en France ou dans un autre pays ne se distribue pas de la même manière.

Il faut aussi adapter les contre-étiquettes, les langues, les circuits, les partenaires et parfois les gammes.

La distribution devient donc un avantage compétitif.

Avoir un bon produit ne suffit pas. Il faut qu’il soit disponible au bon endroit, au bon prix, avec le bon discours et les bons partenaires.

Pourquoi le vin sans alcool séduit de nouveaux consommateurs

Le marché du vin sans alcool progresse parce qu’il répond à de nombreux usages.

Il ne concerne pas une seule cible, mais une mosaïque de consommateurs.

Il y a d’abord les femmes enceintes ou allaitantes, pour qui l’absence d’alcool est une nécessité mais qui souhaitent conserver une expérience festive et élégante.

Il y a aussi les sportifs, les personnes sous traitement médical, les seniors, ou encore les consommateurs qui ne boivent pas pour des raisons culturelles, religieuses ou personnelles.

Les jeunes générations jouent également un rôle important. Elles sont souvent plus sensibles à la modération, à la santé, à l’équilibre de vie et à la possibilité de choisir des alternatives sans alcool sans être stigmatisées.

Un autre groupe est particulièrement intéressant : les flexi-buveurs.

Ces consommateurs ne rejettent pas forcément l’alcool. Ils peuvent boire un verre de vin certains jours, puis choisir une alternative sans alcool à d’autres moments. Par exemple lors d’un déjeuner professionnel, pendant une période de modération, au cours du Dry January ou simplement parce qu’ils ne souhaitent pas consommer d’alcool à ce moment-là.

C’est cette flexibilité qui transforme le marché.

Le vin sans alcool n’est plus seulement un produit “pour ceux qui ne boivent jamais”. Il devient une option supplémentaire pour ceux qui veulent choisir.

Une réponse aux nouveaux usages de la restauration

Le vin sans alcool trouve aussi sa place dans la restauration.

Dans les restaurants, et notamment les établissements haut de gamme, la demande évolue. De plus en plus de clients souhaitent accompagner leur repas avec autre chose que de l’eau ou un soda, sans pour autant consommer d’alcool.

Pour les sommeliers, cela crée une nouvelle responsabilité : accompagner le client de l’apéritif jusqu’au café, avec ou sans alcool.

Mathilde Boulachin explique dans BUILD que la sommellerie a progressivement été convaincue, car elle répond à un besoin réel. Le métier de sommelier est d’écouter le client et de proposer l’accord le plus juste. Si le client ne veut pas d’alcool, il doit pouvoir bénéficier d’une proposition sérieuse.

Pour les restaurateurs, l’enjeu est aussi économique.

Si la consommation de vin baisse, il faut proposer de nouvelles alternatives à valeur ajoutée. Une bouteille de vin sans alcool premium permet de créer une expérience plus intéressante qu’un soda et de préserver une dynamique de chiffre d’affaires autour de la table.

C’est pourquoi le sans alcool premium devient un sujet stratégique dans la gastronomie.

Chavin face à un marché en pleine croissance

Le marché du sans alcool attire aujourd’hui de nombreux acteurs.

Des startups, des marques agroalimentaires, des maisons de vin, des grands groupes et des investisseurs s’y intéressent. Certaines marques bénéficient même désormais de soutiens capitalistiques importants.

Pour Mathilde Boulachin, cette concurrence n’est pas seulement une menace.

Elle permet aussi de faire grandir la catégorie.

Plus le marché attire d’acteurs sérieux, plus les consommateurs découvrent les produits, plus les distributeurs s’y intéressent et plus les restaurateurs acceptent de les intégrer à leur carte.

La concurrence peut donc tirer le marché vers le haut.

Mais Mathilde rappelle aussi que tout le monde ne restera pas. Sur le long terme, la différence se fera sur plusieurs critères : la qualité gustative, la cohérence de marque, la capacité de distribution, la régularité produit, la pédagogie et la solidité économique.

Chavin dispose ici d’un avantage important : l’expérience.

La Maison travaille ce sujet depuis 2010, bien avant que le marché du vin sans alcool ne devienne tendance.

Une entreprise qui mise sur l’innovation continue

Chavin s’est construite sur une innovation de départ : proposer du vin sans alcool premium.

Mais l’innovation ne s’arrête pas là.

Dans l’épisode, Mathilde Boulachin explique que la Maison lance régulièrement de nouveaux produits. Elle considère l’innovation comme un moteur permanent, indispensable pour rester en avance dans une catégorie en construction.

Cette innovation peut prendre plusieurs formes :

  • nouveaux produits ;
  • nouvelles cuvées ;
  • nouveaux formats ;
  • nouveaux marchés ;
  • nouvelles stratégies de distribution ;
  • nouveaux usages ;
  • nouvelles manières de communiquer.

Pour Mathilde, innover n’est pas seulement créer un produit. C’est aussi améliorer chaque maillon de la chaîne de valeur.

Cette culture de l’innovation permet à Chavin de continuer à avancer dans un marché où les attentes des consommateurs évoluent rapidement.

Une croissance construite sans levée de fonds

Un autre élément distingue Chavin : son mode de financement.

Mathilde Boulachin est seule actionnaire de son entreprise. Elle n’a pas bâti la Maison sur des levées de fonds successives.

Elle revendique une gestion prudente, rentable et progressive.

Pour financer son développement international, Chavin a notamment utilisé une gestion intelligente du besoin en fonds de roulement. Lorsqu’une commande part à l’export, l’entreprise peut être prépayée par certains clients tout en bénéficiant de délais de paiement fournisseurs. Cette mécanique de trésorerie a permis d’accompagner la croissance sans dépendre immédiatement d’un financement extérieur.

Mathilde insiste sur un point : le chiffre d’affaires ne suffit pas.

Ce qui compte, c’est aussi le résultat, la rentabilité, la capacité à investir et la solidité à long terme.

Cette vision donne à Chavin une trajectoire particulière : moins spectaculaire peut-être que certaines startups financées par des tours de table, mais plus maîtrisée et plus indépendante.

Ce que Chavin révèle de l’avenir du vin

L’histoire de Chavin dit beaucoup de l’évolution du vin.

Le vin sans alcool ne remplacera pas nécessairement le vin traditionnel. Il vient plutôt élargir les usages.

Il permet de continuer à participer à des moments de table, de fête ou de partage sans consommer d’alcool. Il répond à des besoins nouveaux : modération, santé, inclusion, responsabilité, flexibilité, repas professionnels, conduite, grossesse ou simple choix personnel.

Demain, il sera sans doute de plus en plus naturel de proposer au restaurant une coupe avec alcool ou une alternative sans alcool.

Comme le café et le décaféiné ont fini par coexister, le vin et le vin désalcoolisé pourraient progressivement s’inscrire dans une logique similaire : deux options, deux usages, deux moments.

Chavin a anticipé cette évolution avant beaucoup d’autres.

C’est ce qui fait de la Maison un cas intéressant pour tous ceux qui observent les mutations de la consommation, du luxe accessible, de la gastronomie et de l’entrepreneuriat français.

Pourquoi écouter l’épisode de BUILD avec Mathilde Boulachin ?

L’épisode de BUILD avec Mathilde Boulachin permet de comprendre les coulisses de Chavin, mais aussi les enjeux d’un marché en pleine transformation.

On y parle de vin sans alcool, bien sûr. Mais aussi de différenciation, de distribution internationale, de création de catégorie, de communication, de rentabilité, de concurrence, d’innovation et de résilience.

Pour les entrepreneurs, c’est un exemple concret de construction d’entreprise à partir de zéro.

Pour les dirigeants, c’est une réflexion sur la manière de créer un marché avant qu’il ne soit évident.

Pour les marques, c’est une leçon sur le positionnement premium, la pédagogie et l’importance de la distribution.

Pour les consommateurs, c’est une manière de mieux comprendre ce qu’est réellement un vin désalcoolisé.

Écouter l’épisode complet de BUILD avec Mathilde Boulachin

Dans cet épisode, Xavier Rodriguez reçoit Mathilde Boulachin, fondatrice de Chavin, pour parler de vin sans alcool premium, d’export, d’entrepreneuriat et d’innovation dans un marché traditionnel.

Un échange à écouter pour découvrir comment Chavin est passée d’une intuition personnelle à une marque présente dans 65 pays.

Retrouvez l’épisode complet de BUILD avec Mathilde Boulachin sur YouTube, Spotify, Apple Podcasts, Deezer et toutes les plateformes d’écoute.

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