Frédéric Viet dans BUILD : construire Myrium, un groupe du bâtiment entre proximité et croissance
Dans cet épisode de BUILD, Xavier Rodriguez reçoit Frédéric Viet, président de Myrium, un groupe multi-technique du bâtiment qui intervient sur l’entretien, la maintenance, la transformation et la performance des bâtiments existants.
Un échange dense autour d’un sujet central pour l’avenir du secteur : comment faire durer les bâtiments, développer un groupe ambitieux, réussir des opérations de croissance externe et garder une culture de proximité ?
Avec Frédéric Viet, BUILD explore un modèle d’entreprise singulier : un groupe qui a fortement grandi depuis 2017, tout en conservant l’autonomie de ses entreprises locales, leurs dirigeants, leurs marques et leur ancrage terrain.
Au programme : rénovation énergétique, bâtiment durable, actionnariat salarié, transmission, sécurité, culture commune, build-up et avenir de la construction.
Un épisode BUILD au cœur des enjeux du bâtiment
Le bâtiment traverse une période complexe.
La construction neuve est en difficulté, les normes évoluent, les coûts augmentent, la rénovation énergétique devient un enjeu majeur et les entreprises du secteur doivent repenser leur manière de créer de la valeur.
Dans cet épisode de BUILD, Xavier Rodriguez choisit d’aborder ces sujets avec Frédéric Viet, à la tête de Myrium, un groupe qui a fait de l’amélioration, de la transformation et de l’entretien des bâtiments son terrain de développement.
Ce choix n’est pas anodin.
BUILD est un podcast qui parle de construction d’entreprise, de croissance, de dirigeants qui progressent, mais aussi du monde concret de la construction. Avec Myrium, ces deux dimensions se rejoignent : on parle à la fois de bâtiment et de stratégie d’entreprise.
Frédéric Viet y partage une conviction forte : les bâtiments sont des infrastructures de temps long. Ils ont coûté cher à construire, ils structurent nos villes, nos usages, nos logements, nos bureaux, nos équipements. L’enjeu n’est donc pas seulement de construire du neuf, mais de savoir entretenir, maintenir, transformer et adapter ce qui existe déjà.
Qui est Frédéric Viet ?
Frédéric Viet est ingénieur de formation. Il est passé par Polytechnique et les Ponts et Chaussées, avant de débuter sa carrière dans les services collectifs.
Son premier univers professionnel est celui de l’eau, puis de la gestion des déchets. Très vite, il prend la direction d’une PME d’une cinquantaine de personnes en Lorraine, dans la collecte et le tri. Cette expérience de terrain le marque profondément.
Il y découvre des métiers essentiels, parfois peu valorisés, mais au cœur du fonctionnement collectif. Il travaille avec des éboueurs, des équipes d’insertion, des techniciens, des personnes confrontées chaque jour à la réalité opérationnelle.
Cette période fonde une partie de sa vision managériale : dans une entreprise, l’intelligence n’est pas seulement dans les bureaux ou les diplômes. Elle est aussi sur le terrain, dans les mains, dans l’expérience, dans le bon sens et dans la capacité des équipes à résoudre des problèmes concrets.
Après cette première partie de parcours, Frédéric Viet passe par le conseil en stratégie, où il accompagne de grands groupes industriels et de services. Il rejoint ensuite CMA CGM, où il devient responsable des marins.
Cette expérience maritime peut sembler éloignée du bâtiment. Elle ne l’est pas tant que ça.
Un porte-conteneurs est un objet technique gigantesque, avec des enjeux d’énergie, de sécurité, de maintenance, de responsabilité et d’organisation humaine. Une vingtaine de personnes peut avoir entre les mains un bateau et sa cargaison, pour une valeur considérable. Là encore, tout repose sur la compétence, la confiance, la rigueur et la capacité des équipes à agir loin du siège.
Ces expériences nourrissent la manière dont Frédéric Viet dirige aujourd’hui Myrium.
Myrium : “on s’occupe des bâtiments”
Pour présenter Myrium, Frédéric Viet utilise une formule simple : “on s’occupe des bâtiments.”
Derrière cette phrase, il y a une vision très claire.
Un bâtiment n’est pas un objet figé. Il vit. Il vieillit. Il s’use. Il doit être entretenu, réparé, modernisé, adapté à de nouveaux usages et rendu plus performant.
Les besoins d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier. Un immeuble construit il y a plusieurs décennies n’a pas forcément été pensé pour les enjeux actuels : performance énergétique, confort, transformation des usages, hybridation du travail, évolution des normes, pression sur le foncier, artificialisation des sols, adaptation des bureaux en logements.
Le métier de Myrium consiste donc à intervenir sur cet existant.
Entretenir les installations techniques.
Maintenir les équipements.
Rénover les enveloppes.
Adapter les usages.
Améliorer la performance.
Allonger la durée de vie des bâtiments.
Cette vision est particulièrement importante dans un contexte où l’on construit moins, mais où le parc existant représente un immense gisement de travail, de valeur et d’impact.
De 100 à plus de 420 millions d’euros de chiffre d’affaires
Lorsque Frédéric Viet rejoint le groupe en 2017, Myrium s’appelle encore le groupe Rougnon. C’est une entreprise familiale centenaire, déjà solide, qui réalise environ 100 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Quelques années plus tard, le groupe a fortement changé d’échelle.
Dans l’épisode, Xavier Rodriguez rappelle les chiffres : Myrium rassemble environ 31 entreprises, 1 600 collaborateurs et dépasse les 420 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
Cette croissance est le résultat d’un double mouvement.
D’un côté, la croissance organique des entreprises du groupe.
De l’autre, des opérations de croissance externe, avec l’intégration de nouvelles entreprises dans le collectif Myrium.
Mais Frédéric Viet insiste sur un point : la croissance n’est pas une fin en soi. Elle doit être le résultat d’un travail bien fait, d’une utilité réelle, d’une capacité à créer de la valeur pour les clients, les collaborateurs et les entreprises qui rejoignent le groupe.
Cette nuance est essentielle.
Myrium ne cherche pas seulement à empiler des sociétés pour grossir. Le groupe cherche à construire un ensemble cohérent, durable, ancré dans des métiers techniques et dans une culture commune.
Un modèle de groupe décentralisé
L’un des grands sujets de l’épisode est le modèle d’organisation de Myrium.
Frédéric Viet définit Myrium comme un vrai groupe : il existe une stratégie commune, un actionnariat commun, des valeurs communes, des outils communs et une direction partagée.
Mais ce groupe est profondément décentralisé.
Les entreprises qui composent Myrium conservent une forte autonomie. Elles gardent leurs marques, leurs dirigeants, leurs équipes, leur proximité client et leur manière d’être présentes sur leur territoire.
Pourquoi ce choix ?
Parce que les métiers du bâtiment sont des métiers de proximité.
Chaque projet est différent. Chaque client a ses contraintes. Chaque bâtiment a son histoire, son état, ses usages, ses limites techniques et ses enjeux économiques.
Dans ce contexte, une organisation trop centralisée risquerait de tuer l’agilité, la responsabilité et l’intelligence terrain.
Pour Frédéric Viet, les décisions doivent être prises au plus près des projets. Les équipes locales doivent avoir la capacité d’agir, de répondre, de régler les problèmes et d’assumer leur relation client.
C’est ce qui permet à Myrium de combiner deux forces : la puissance d’un groupe et l’agilité d’entreprises locales.
Autonomie ne veut pas dire désordre
La question centrale devient alors : comment garder une cohérence de groupe sans étouffer les entreprises ?
Frédéric Viet répond avec une idée forte : il faut trouver le bon équilibre entre ordre et désordre.
Trop d’ordre, et l’on rigidifie tout.
Trop de désordre, et il n’y a plus de groupe.
Chez Myrium, cet équilibre passe par quelques socles communs très clairs.
Le premier est le pilotage économique. Pour diriger un groupe décentralisé, il faut parler le même langage. Les chiffres doivent être lisibles, comparables, partagés. Chacun doit savoir ce que signifient le chiffre d’affaires, les résultats, les indicateurs, les marges, les catégories d’activité.
Le deuxième socle est la sécurité. Frédéric Viet explique que le groupe a engagé un travail important sur ce sujet, avec des résultats concrets : la fréquence des accidents du travail a été divisée par presque trois en quelques années.
Le troisième socle est la culture.
Et c’est peut-être le plus important.
Frédéric Viet croit davantage à la culture commune qu’aux procédures. Dans un groupe aux métiers variés, il serait illusoire de vouloir tout décrire dans des manuels. Les procédures ont leur utilité, mais elles ne peuvent pas remplacer l’intelligence du terrain.
Ce qui compte, c’est que les équipes partagent une même manière de regarder le client, le travail, la qualité, la sécurité, le collectif et la responsabilité.
Pourquoi Myrium a remplacé Rougnon
L’épisode revient aussi sur le changement de nom du groupe.
Avant de devenir Myrium, le groupe portait le nom de Rougnon, celui de la famille fondatrice. Après trois générations, la quatrième génération ne reprend pas l’entreprise. Se pose alors une question de transmission : comment préserver l’indépendance du groupe, tout en ouvrant une nouvelle page ?
Frédéric Viet organise cette transmission et engage une réflexion sur l’identité du groupe.
Le nom Rougnon renvoyait naturellement à une histoire familiale. Mais le projet qui s’ouvre est différent : il s’agit désormais de bâtir un collectif plus large, avec des entreprises, des équipes et des collaborateurs associés au capital.
Le nom Myrium est choisi pour évoquer une myriade d’hommes.
Un nom qui traduit la dimension collective du projet, l’importance des équipes et l’entrée du groupe dans son deuxième siècle.
Ce changement de nom n’est donc pas un simple choix de communication. Il exprime une transformation profonde : passer d’un groupe familial à un groupe collectif, structuré autour de ses entreprises et de ses collaborateurs.
Croissance externe : la culture avant le chiffre d’affaires
Myrium a réalisé de nombreuses opérations de croissance externe depuis 2017. Mais Frédéric Viet refuse de présenter le build-up comme un objectif en soi.
Pour lui, se fixer un nombre d’acquisitions à réaliser serait dangereux. Cela pousserait à acheter pour acheter.
La croissance externe doit répondre à une logique stratégique, opérationnelle et culturelle.
Le premier filtre est la culture.
Une entreprise qui rejoint Myrium doit partager des racines communes : proximité client, qualité du travail, attention aux personnes, sens du collectif, respect du terrain et vision long terme.
Si ce socle n’est pas là, mieux vaut ne pas faire l’opération.
Xavier Rodriguez partage d’ailleurs la même conviction dans l’épisode : une bonne acquisition est parfois une acquisition que l’on ne fait pas. Intégrer une entreprise culturellement trop éloignée peut consommer énormément d’énergie, fragiliser les équipes et détourner le groupe de son projet.
Cette vision est particulièrement importante dans le bâtiment, où les entreprises reposent souvent sur des hommes, une réputation, un ancrage territorial et une relation de confiance avec les clients.
Acheter une entreprise, ce n’est pas seulement acheter du chiffre d’affaires. C’est intégrer une culture, des pratiques, des équipes, une histoire.
Rénovation énergétique : pourquoi il faut sortir des slogans
L’un des passages les plus forts de l’épisode concerne la rénovation énergétique.
Frédéric Viet y défend une approche très pragmatique.
Il ne croit pas à une rénovation pensée uniquement sous l’angle énergétique. Pour lui, il faut d’abord raisonner à partir du bâtiment lui-même : son état, son âge, ses usages, sa localisation, sa structure, son esthétique, ses besoins de maintenance et son potentiel de transformation.
Un exemple simple : si une façade vient d’être ravalée il y a cinq ans, lancer immédiatement une isolation par l’extérieur peut être un non-sens économique. Le ravalement a déjà coûté cher. Le refaire trop tôt reviendrait à gaspiller de l’argent.
À l’inverse, si une toiture doit être refaite, c’est le bon moment pour améliorer l’isolation. Si une chaufferie arrive en fin de vie, c’est le bon moment pour réfléchir à une pompe à chaleur, à un raccordement à un réseau de chaleur ou à une solution plus performante.
La bonne rénovation n’est donc pas dogmatique.
Elle consiste à intervenir au bon moment, avec le bon geste, sur le bon bâtiment.
Frédéric Viet parle d’un travail de dentelle. Chaque bâtiment appelle une réponse spécifique.
Faire durer l’existant : un enjeu central pour le bâtiment
Dans un contexte de crise du logement, de baisse de la construction neuve et de lutte contre l’artificialisation des sols, la transformation de l’existant devient un enjeu majeur.
Frédéric Viet rappelle que les bâtiments déjà construits représentent une valeur considérable. Ils ont déjà mobilisé des matériaux, de l’énergie, du foncier et du carbone. Les démolir systématiquement ou les négliger serait une perte.
Il faut donc se poser une question simple : comment leur redonner de la durée de vie ?
Parfois, cela signifie rénover.
Parfois, transformer.
Parfois, changer d’usage.
Parfois, conserver une partie et reconstruire une autre.
Parfois, démolir lorsque le bâtiment n’a plus de potentiel technique ou fonctionnel.
Mais la décision doit être prise avec finesse.
Le sujet n’est pas seulement énergétique. Il est aussi urbain, économique, esthétique, patrimonial, social et fonctionnel.
C’est pourquoi Frédéric Viet insiste sur la nécessité de réunir autour du bâtiment des maîtres d’ouvrage, architectes, bureaux d’études, entreprises et exploitants capables de regarder le sujet dans sa globalité.
Le rôle de l’État : moins de normes sur le comment, plus de bons signaux
L’épisode aborde aussi la question du rôle de l’État dans la transformation du bâtiment.
Frédéric Viet ne rejette pas l’intervention publique. Mais il met en garde contre les normes trop détaillées qui cherchent à dire exactement comment faire sur chaque projet.
Le bâtiment est trop varié pour cela.
Chaque immeuble, chaque toiture, chaque chaufferie, chaque façade et chaque usage demandent une réponse adaptée. Des règles trop rigides risquent d’empêcher les bonnes décisions locales.
En revanche, Frédéric Viet estime que l’État a un rôle essentiel pour envoyer les bons signaux économiques.
Il faut que les choix sobres, efficaces et décarbonés deviennent progressivement plus cohérents économiquement. Cela suppose une politique publique fine, capable d’orienter les décisions sans pénaliser brutalement ceux qui n’ont pas encore d’alternative.
L’enjeu n’est donc pas de tout réglementer dans le détail, mais de créer un cadre qui encourage les bonnes décisions.
L’actionnariat salarié : construire un collectif engagé
Autre sujet important de l’épisode : l’actionnariat salarié.
Myrium a fait le choix d’associer largement ses collaborateurs au capital du groupe. Cette logique traduit une vision particulière de l’entreprise : les salariés ne sont pas seulement des exécutants, ils contribuent directement à la construction du groupe.
L’actionnariat salarié change la relation entre les collaborateurs et l’entreprise.
Il crée un alignement plus fort.
Il renforce le sentiment d’appartenance.
Il oblige à plus de transparence.
Il donne du sens au partage de la valeur.
Il inscrit le projet dans le temps long.
Pour Frédéric Viet, cette dimension collective est essentielle. Le groupe ne repose pas uniquement sur une direction centrale, mais sur une myriade d’équipes, de dirigeants, de techniciens, d’entreprises locales et de collaborateurs engagés.
Le nom Myrium prend ici tout son sens.
Les grandes leçons business de l’épisode
Cet échange entre Xavier Rodriguez et Frédéric Viet offre plusieurs enseignements forts pour les dirigeants, entrepreneurs et acteurs du bâtiment.
La première leçon : la croissance doit être une conséquence, pas une obsession. Elle vient d’un travail bien fait, d’une stratégie claire et d’une capacité à créer de la valeur durable.
La deuxième : la proximité est un avantage concurrentiel. Dans les métiers du bâtiment, les bonnes décisions se prennent souvent au plus près du terrain.
La troisième : la culture est un actif stratégique. Elle conditionne la réussite des acquisitions, la cohérence du groupe et la capacité des équipes à travailler ensemble.
La quatrième : la rénovation énergétique doit être pragmatique. Il ne faut pas appliquer des recettes standards, mais comprendre chaque bâtiment dans sa globalité.
La cinquième : faire durer l’existant est l’un des grands enjeux du secteur. Le futur du bâtiment ne sera pas seulement dans la construction neuve, mais dans la transformation intelligente de ce qui existe déjà.
Enfin, l’épisode rappelle que les métiers techniques sont des métiers d’avenir. Ils demandent de la compétence, de la formation, de la responsabilité et une vraie intelligence opérationnelle.
Pourquoi écouter cet épisode de BUILD ?
Cet épisode de BUILD s’adresse à tous ceux qui s’intéressent au bâtiment, à la croissance d’entreprise, à la rénovation, à la transmission et aux modèles managériaux.
Il est particulièrement utile pour les dirigeants de PME, entrepreneurs du BTP, repreneurs, investisseurs, responsables de groupes décentralisés, acteurs de la rénovation énergétique et professionnels de la construction.
On y parle de sujets très concrets : acquisition d’entreprises, sécurité, autonomie, pilotage économique, culture commune, transformation des bâtiments, rénovation énergétique, actionnariat salarié et avenir du secteur.
Mais au fond, l’épisode pose une question plus large : comment construire un groupe qui grandit sans perdre son âme ?
Avec Myrium, Frédéric Viet propose une réponse : rester proche du terrain, faire confiance aux équipes, préserver les entreprises, partager la valeur et construire patiemment un collectif solide.
Écouter l’épisode complet de BUILD avec Frédéric Viet
Dans cet épisode, Frédéric Viet partage avec Xavier Rodriguez sa vision du bâtiment, de la croissance, de la rénovation et du collectif.
Un échange à écouter pour comprendre comment Myrium est passé d’un groupe familial centenaire à un collectif d’entreprises du bâtiment tourné vers l’avenir.
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