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Kima Ventures : le modèle d’investissement qui fait de ce fonds un acteur à part dans la tech

Dans l’épisode de BUILD consacré à Jean de La Rochebrochard, Kima Ventures apparaît comme bien plus qu’un simple fonds d’investissement dans les startups. À travers les réponses de son dirigeant, on découvre un modèle singulier, construit sur le volume, la patience, la sélection, la proximité avec les entrepreneurs et une vision très claire de la performance. Là où beaucoup de fonds cherchent à grossir, à structurer davantage ou à monter en ticket, Kima revendique au contraire une logique plus fine : investir suffisamment pour compter, sans créer une dépendance artificielle, et accompagner des fondateurs capables de progresser dans la durée. À travers cet échange, se dessine un acteur du venture qui mise moins sur les effets d’annonce que sur la répétition, la discipline et la qualité du jugement.

Kima Ventures, un fonds à part dans l’univers startup

Lorsqu’on parle de Kima Ventures, on parle d’un nom connu de l’écosystème entrepreneurial, mais l’entretien avec Jean de La Rochebrochard permet de comprendre plus finement ce qui fait sa singularité. Dès le début de l’échange, il est rappelé que Kima est le fonds d’investissement dans les startups de Xavier Niel. Très vite, la conversation fait apparaître un premier marqueur distinctif : le rythme d’investissement. Jean explique en effet que Kima réalise environ 100 deals par an, ce qui change profondément la manière de lire la performance, de piloter un portefeuille et de penser le métier.

Ce volume n’est pas un simple chiffre impressionnant. Il structure tout le reste. Là où un fonds plus classique peut mettre plusieurs années avant d’avoir assez de mouvement pour lire des résultats, Kima bénéficie d’un flux plus dense, avec davantage d’entrées, davantage de recul et plus de matière pour observer ce qui fonctionne ou non. Jean le dit clairement : quand on fait 100 deals par an, on a du mouvement sur le portefeuille, et donc des résultats à afficher.

Un modèle fondé sur le volume, mais pas sur la dispersion

Vu de l’extérieur, un fonds qui investit autant pourrait sembler dispersé. Pourtant, ce que montre l’entretien, c’est l’inverse. Le volume chez Kima n’est pas une fuite en avant. C’est une logique de portefeuille assumée, liée à la nature même du venture capital. Jean de La Rochebrochard rappelle que, sur 100 investissements, seules quelques entreprises finiront réellement par exploser. Il caricature volontairement en parlant de deux sociétés sur cent, mais cette image a le mérite d’expliquer la mécanique du modèle : la vraie performance vient d’un petit nombre de très grandes réussites, pas d’un taux de succès homogène.

Cette logique entraîne une conséquence importante : il faut être capable de conserver les bonnes positions suffisamment longtemps. Dans l’épisode, Jean explique qu’une startup peut mettre cinq à sept ans à atteindre une première taille critique, puis doubler ou redoubler encore en quelques années supplémentaires. Autrement dit, la création de valeur ne se joue pas uniquement au démarrage. Elle se joue aussi dans la capacité à attendre que les meilleurs dossiers déploient pleinement leur potentiel.

La patience comme moteur de performance

L’un des enseignements les plus intéressants de cet échange est que Kima Ventures ne semble pas fonctionner comme un fonds obsédé par la liquidité immédiate. Jean insiste à plusieurs reprises sur l’idée que le venture est un jeu de patience. Il explique qu’il n’existe pas de clause de sortie systématique, et que l’objectif est de garder les meilleures positions aussi longtemps que possible, tant que cela a du sens pour les entrepreneurs et pour la trajectoire de l’entreprise.

Cette approche dit beaucoup du positionnement de Kima. Le fonds ne semble pas raisonner uniquement en coups rapides ou en arbitrages opportunistes. Il raisonne en durée, en asymétrie de valeur et en discipline de portefeuille. Jean souligne d’ailleurs que vendre trop tôt peut réduire la performance finale, alors même qu’une participation a déjà beaucoup progressé. Cette manière de penser est essentielle pour comprendre Kima : ce n’est pas seulement un fonds actif, c’est un fonds actif qui accepte le temps long.

Pourquoi Kima Ventures ne cherche pas forcément à investir plus gros

Dans un marché où beaucoup d’acteurs cherchent à augmenter leurs tickets, la position défendue dans cet épisode est particulièrement intéressante. Xavier Rodriguez pose frontalement la question : pourquoi ne pas faire moins de deals mais investir davantage dans chacun ? La réponse de Jean de La Rochebrochard est très claire. Augmenter la taille du ticket crée, selon lui, une contrainte plus forte sur Kima, car cela impose de justifier davantage sa place, son rôle et son utilité dans le tour de table. Entre 100 à 150 000 euros et 300 000 euros, la nature de la relation change.

Il ajoute un autre point très concret : il n’y a pas toujours la place, dans les deals, pour des tickets plus élevés. Cette remarque est importante, car elle montre que Kima ne cherche pas à forcer son modèle sur le marché. Le fonds semble au contraire calibrer sa présence à un niveau qui lui permet de rester agile, crédible et pertinent pour les fondateurs.

En parallèle, Jean explique aussi qu’il est plus facile de générer de la performance sur 12 à 15 millions d’euros investis par an que sur 25 à 30 millions. Là encore, le raisonnement est révélateur. Kima ne semble pas piloter son activité en fonction du prestige du volume déployé, mais en fonction de sa capacité réelle à produire de la performance. C’est une logique de maîtrise, pas d’expansion pour l’expansion.

Un fonds qui revendique une mission, pas seulement un rendement

Là où l’entretien devient particulièrement intéressant d’un point de vue éditorial, c’est lorsque Jean de La Rochebrochard formule ce qu’il considère comme la mission profonde de Kima. Il affirme que le rôle du fonds n’est pas de financer des gens qui réussissent, mais de financer des gens qui progressent. Puis il précise que la mission de Kima consiste à inspirer, supporter et donner la flamme aux entrepreneurs francophones de la tech qui veulent bouffer le monde. Selon lui, la réussite financière est une conséquence nécessaire, mais elle n’est pas la finalité première.

Cette vision donne à Kima une tonalité particulière. Le fonds n’est pas présenté comme une machine froide à sélectionner des winners. Il est présenté comme un acteur de propulsion. Bien sûr, la performance compte. Jean le dit sans détour : si Kima ne gagnait pas d’argent, cela voudrait dire que l’écosystème ne fonctionne pas correctement. Mais la rentabilité est replacée dans un projet plus large, celui du développement des entrepreneurs francophones.

C’est une manière forte de se distinguer dans le paysage du capital-risque. Beaucoup de fonds parlent d’accompagnement. Peu l’articulent de façon aussi frontale autour de la progression humaine et entrepreneuriale.

Ce que Kima Ventures semble rechercher chez les fondateurs

À travers ses réponses, Jean de La Rochebrochard laisse apparaître plusieurs critères implicites. Le premier est la progression. Chez Kima, l’échec d’une entreprise n’est pas lu uniquement comme un problème de résultat, surtout si l’entrepreneur a grandi dans le processus. Cette grille de lecture change profondément le rapport à l’investissement. Elle implique que le fonds ne juge pas seulement des KPIs instantanés, mais aussi la trajectoire, la capacité d’apprentissage et le potentiel de transformation du fondateur.

Le deuxième critère est la lucidité. À plusieurs reprises dans l’épisode, Jean insiste sur la nécessité de dire des choses directes, parfois dures, avec le bon niveau de bienveillance. Il explique qu’un échange de dix ou quinze minutes peut parfois réveiller un entrepreneur et lui permettre de reprendre la main sur sa trajectoire. Cette manière de parler éclaire sans doute aussi ce qu’il valorise : des dirigeants capables d’entendre, d’encaisser et de transformer un retour exigeant en décision utile.

Le troisième critère est le rapport aux fondamentaux. En fin d’entretien, il regrette un certain éloignement des first principles. Il compare cela à quelqu’un qui voudrait cuisiner quelque chose de très sophistiqué sans savoir couper les légumes. Cette image résume bien une attente probable de Kima : avant de vouloir accélérer, lever, acquérir ou complexifier, une startup doit déjà maîtriser les bases de son exécution.

Une petite équipe, mais une forte intensité d’exécution

Un autre point frappant est la taille de l’équipe. Xavier Rodriguez souligne que Kima réalise beaucoup de deals avec une structure très réduite. Jean confirme cette compacité en expliquant qu’ils sont seulement trois chez Kima. Cette donnée renforce encore l’image d’un fonds construit sur l’efficacité, la rapidité de jugement et une organisation légère.

Cela permet aussi de mieux comprendre la cohérence du modèle. Une petite équipe ne peut pas se permettre une lourdeur excessive, ni une dispersion bureaucratique. Elle doit s’appuyer sur une lecture claire du marché, des convictions solides et une forme de répétition maîtrisée. Kima semble ainsi fonctionner comme une structure tendue vers l’essentiel : identifier, décider, investir, accompagner, attendre.

Un rapport très concret à la performance

Ce qui distingue enfin Kima Ventures dans cet échange, c’est peut-être son rapport très peu théâtral à la performance. Jean ne vend pas une formule magique. Il dit même explicitement qu’il ne croit pas vraiment aux règles fixes et qu’il préfère l’organique, le contre-intuitif, ce que d’autres n’auraient pas voulu faire et qui finit pourtant par payer. Cette déclaration éclaire une dernière facette du modèle Kima : le fonds n’a pas l’air de vouloir transformer l’investissement en procédure rigide. Il semble au contraire assumer la part de jugement, d’intuition et de panache propre au métier.

Dans un univers souvent saturé de frameworks, cette posture est notable. Elle n’exprime pas un rejet de l’analyse, mais un refus de réduire le venture à une mécanique purement rationnelle. Pour Kima, la performance semble tenir autant à la répétition du modèle qu’à la qualité du regard porté sur les personnes et sur le temps.

Pourquoi Kima Ventures reste un cas singulier

Au fil de l’entretien, Kima Ventures apparaît donc comme un fonds à part pour plusieurs raisons. D’abord, par son rythme d’investissement, qui lui donne une densité de portefeuille rare. Ensuite, par sa discipline sur les tickets, qui évite la tentation du “plus gros” pour rester dans une logique de pertinence. Ensuite encore, par son rapport à la durée, qui l’amène à conserver ses meilleures positions plutôt qu’à chercher des sorties précipitées. Enfin, par sa mission, formulée autour de la progression des entrepreneurs plus que du simple affichage de réussite.

Ce portrait de Kima Ventures intéresse autant les fondateurs que les observateurs de l’écosystème. Aux premiers, il donne des repères sur ce qu’un investisseur actif peut réellement attendre d’eux : de la progression, du bon sens, de la capacité à encaisser et à agir. Aux seconds, il offre un exemple de modèle cohérent, qui ne cherche pas à ressembler à tout le monde.

En cela, Kima Ventures ne se contente pas d’être un fonds visible. Il incarne une manière très spécifique de faire du venture : plus dense, plus directe, plus patiente et probablement plus exigeante que ce que l’on imagine au premier abord.

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