Mathilde Boulachin : l’entrepreneuse qui a fait du vin sans alcool un marché premium
Mathilde Boulachin est la fondatrice de Chavin, maison française pionnière du vin sans alcool premium.
Dans cet épisode de BUILD, le podcast animé par Xavier Rodriguez, elle raconte comment elle a créé son entreprise en 2010, avec seulement 5 000 € en poche, dans un univers où presque personne ne croyait au potentiel du vin désalcoolisé.
Son parcours est celui d’une entrepreneuse qui a osé toucher à l’un des symboles les plus forts de la culture française : le vin. Un marché séculaire, codifié, très masculin, où l’innovation est rarement accueillie avec enthousiasme.
Et pourtant, quinze ans plus tard, Chavin est présent dans 65 pays, réalise une très grande partie de son chiffre d’affaires à l’export et s’impose comme une référence française du vin sans alcool premium.
Une entrepreneuse champenoise tournée vers l’international
Mathilde Boulachin est champenoise.
Elle grandit dans un univers marqué par les bulles, l’effervescence, le vin, les marques et le marketing du luxe. Cette culture du produit, de l’image et du terroir va profondément influencer son parcours.
Mais Mathilde ne regarde pas seulement la France. Très tôt, elle part à l’international, notamment en Suède, où elle travaille dans l’univers du vin. Cette expérience lui permet de comprendre deux choses.
La première : le savoir-faire français dans le vin est exceptionnel.
La seconde : ce savoir-faire doit être mieux porté à l’international.
Elle voit dans l’export un formidable terrain de jeu pour l’innovation française. Le vin français bénéficie d’une image puissante, mais les marchés évoluent. Les consommateurs cherchent de nouvelles expériences, de nouveaux moments de consommation et, parfois, des alternatives sans alcool.
Cette double culture, française et internationale, traditionnelle et innovante, deviendra l’un des piliers de Chavin.
Créer Chavin avec 5 000 € en poche
Lorsque Mathilde Boulachin crée son entreprise en 2010, elle ne part pas avec les avantages habituels du monde du vin.
Elle n’a pas trois châteaux.
Elle n’a pas un vignoble familial amorti.
Elle n’a pas quatre générations d’héritage viticole derrière elle.
Elle n’a pas non plus un grand groupe pour financer son développement.
Elle part avec 5 000 €.
Dans un secteur aussi capitalistique, cela aurait pu sembler dérisoire. Mais cette contrainte devient aussi une force : pour exister, il faut être différente.
Mathilde parle d’art de la différence. Lorsqu’on part de zéro, dans un marché historique, il ne sert à rien d’essayer de faire comme les autres. Il faut trouver un angle, une singularité, une brèche.
Cette brèche, ce sera le vin sans alcool.
À l’époque, le marché est quasi inexistant. Le sans alcool n’a pas encore le statut qu’il commence à avoir aujourd’hui. Le Dry January n’est pas encore devenu un rendez-vous médiatique. Les alternatives premium sont rares. Dans le vin, le sujet est même souvent moqué.
Mais Mathilde voit déjà quelque chose que beaucoup ne voient pas encore : les usages changent.
L’idée Chavin : une alternative festive, adulte et élégante
L’idée de Chavin naît d’une expérience personnelle.
Mathilde tombe enceinte et se retrouve confrontée à une situation simple : comment continuer à participer à des moments festifs ou gastronomiques sans consommer d’alcool ?
Les options disponibles ne lui conviennent pas. Boire de l’eau, un soda ou une boisson trop sucrée ne répond pas à l’expérience qu’elle recherche.
Elle ne veut pas simplement “remplacer” le vin. Elle veut proposer une alternative qui conserve les codes de la convivialité, du goût, de la table et de l’art de vivre.
C’est là que naît l’idée de désalcooliser du vin.
Le projet est ambitieux : partir d’un vrai vin, travaillé et fermenté, puis retirer l’alcool tout en conservant une expérience gustative intéressante.
Mathilde ne veut pas créer un produit enfantin. Elle veut une boisson pour adultes, pour épicuriens, pour consommateurs qui aiment les repas, les bulles, les moments de partage, mais qui ne souhaitent pas nécessairement consommer d’alcool.
Ce positionnement sera décisif.
Pourquoi elle a créé “Pierre Chavin” avant d’assumer Chavin
L’un des passages les plus forts de son parcours concerne le nom de la marque.
Au départ, la maison s’appelle Pierre Chavin.
Mais Pierre Chavin n’existe pas.
Mathilde invente ce nom pour incarner une figure masculine fictive, plus facilement acceptable dans l’univers du vin de l’époque.
En 2010, être une jeune femme fondatrice d’une marque de vin sans alcool n’est pas nécessairement un avantage concurrentiel. Au contraire, elle cumule plusieurs difficultés : elle est jeune, elle est une femme, elle ne vient pas avec un héritage viticole classique, et elle propose une idée qui bouscule les codes.
Dans ce contexte, le nom “Pierre Chavin” permet de rassurer.
“Pierre” évoque le terroir, la terre, la tradition.
“Chavin” sonne comme une marque mémorisable, notamment à l’international.
Cette stratégie révèle une réalité de l’entrepreneuriat : parfois, il faut composer avec les biais du marché pour mieux les dépasser ensuite.
Aujourd’hui, la marque n’a plus besoin de Pierre. Elle est devenue Chavin, une maison reconnue dans l’univers du vin sans alcool.
Et Mathilde Boulachin assume pleinement son rôle de fondatrice.
Une femme dans un marché d’hommes
Le parcours de Mathilde Boulachin est aussi celui d’une femme qui s’impose dans un univers historiquement masculin.
Le monde du vin est un secteur de tradition, de transmission, de réputation, de réseaux et de codes. Lorsqu’elle arrive avec l’idée de faire du vin sans alcool, l’accueil n’est pas toujours bienveillant.
Elle doit affronter les critiques, les doutes, les sourires, parfois les remarques méprisantes.
Le sans alcool est alors souvent assimilé à un produit peu sérieux. Certains le comparent à des boissons enfantines. D’autres ne comprennent pas la différence entre un vin désalcoolisé et un jus de raisin.
Mathilde aurait pu s’arrêter à ces résistances.
Elle choisit l’inverse : tenir.
Dans BUILD, elle explique qu’en entrepreneuriat, il faut savoir se relever. Comme lorsqu’on apprend à marcher : on tombe, on se fait mal, puis on recommence. Les critiques peuvent toucher, bien sûr, mais elles ne doivent pas empêcher d’avancer.
Cette capacité à absorber les coups et à continuer est l’un des fils rouges de son parcours.
L’audacité : audace et ténacité
Pour décrire ce qui l’a portée, Mathilde Boulachin utilise un mot : l’audacité.
L’audacité, c’est la rencontre de l’audace et de la ténacité.
L’audace, parce qu’il fallait oser attaquer un marché aussi symbolique que celui du vin avec une proposition radicalement différente.
La ténacité, parce qu’il ne suffisait pas d’avoir une idée. Il fallait convaincre, expliquer, répéter, corriger, distribuer, exporter, rassurer, faire goûter et recommencer.
Créer une catégorie demande plus d’énergie que lancer un produit dans un marché déjà éduqué.
Il faut faire de la pédagogie auprès des distributeurs.
Il faut convaincre les sommeliers.
Il faut rassurer les restaurateurs.
Il faut expliquer aux consommateurs que le vin sans alcool n’est pas du jus de raisin.
Il faut prouver que l’on peut proposer une expérience premium sans éthanol.
Cette évangélisation, Mathilde l’a menée pendant des années.
Le “ricochet inversé” : partir loin pour revenir en France
L’une des grandes stratégies de Mathilde Boulachin a été de développer Chavin d’abord à l’international.
Elle appelle cela le ricochet inversé.
Plutôt que de chercher immédiatement à convaincre le marché français, très attaché à ses traditions viticoles, elle part là où l’innovation est mieux accueillie.
Certains marchés étrangers sont plus ouverts aux alternatives sans alcool. Ils sont aussi plus sensibles à l’image de la France, à la sophistication, à la gastronomie et au positionnement premium.
L’Asie, notamment le Japon, devient un marché important. Les États-Unis, l’Europe et d’autres zones suivent.
Cette stratégie permet à Chavin de grandir, de construire sa crédibilité et de revenir progressivement en France avec des preuves : des clients, des distributeurs, des volumes, une marque reconnue.
Aujourd’hui, Chavin est présent dans 65 pays et réalise plus de 90 % de son chiffre d’affaires à l’export.
Ce choix montre une grande intelligence stratégique : lorsque son marché domestique n’est pas prêt, il faut parfois aller chercher ailleurs les premiers signaux de validation.
Faire du vin sans alcool un produit premium
Mathilde Boulachin insiste sur un point : Chavin ne fait pas du jus de raisin.
La maison produit des vins désalcoolisés. Cela signifie que le produit part d’un vin fermenté, travaillé, assemblé, puis désalcoolisé.
Cette distinction est essentielle.
Un vin sans alcool de qualité demande un vrai savoir-faire. Il faut sélectionner les matières premières, choisir les cépages, travailler les équilibres, anticiper la perte de structure liée au retrait de l’éthanol, puis reconstruire une expérience gustative cohérente.
Mathilde parle de promesse organoleptique : ce que le consommateur ressent en bouche.
Le défi est de proposer un produit plaisant, adulte, élégant et cohérent avec les codes du vin, tout en étant clair sur sa nature sans alcool.
Ce niveau d’exigence explique le positionnement premium de Chavin.
Faire du sans alcool de qualité coûte cher. Les matières premières, les procédés de désalcoolisation, l’embouteillage, le marketing, la distribution et l’éducation du marché nécessitent des investissements importants.
Mais c’est précisément ce choix du premium qui permet à Chavin de se différencier.
Une entrepreneuse qui pilote par la rentabilité
Mathilde Boulachin est seule actionnaire de son entreprise.
Elle n’a pas construit Chavin sur des levées de fonds successives. Elle revendique au contraire une gestion prudente, progressive et rentable.
Dans l’épisode, elle explique qu’elle ne dépense pas l’argent qu’elle n’a pas. Son entreprise est pilotée avec une logique de pérennité.
Pour elle, le chiffre d’affaires ne suffit pas à juger la réussite d’une entreprise. Ce qui compte, c’est aussi le résultat, la solidité financière, la capacité à investir demain et à créer des emplois durablement.
Cette vision tranche avec certains modèles de croissance très rapides, mais déficitaires.
Mathilde ne cherche pas seulement à “faire gros”. Elle cherche à construire une entreprise solide.
Cette discipline financière lui a permis de garder le contrôle de son capital, de sa stratégie et de sa trajectoire.
Une vision singulière du risque
Lorsqu’on écoute Mathilde Boulachin, on comprend que son rapport au risque est l’une de ses grandes forces.
Pour elle, le risque n’est pas une raison de ne pas agir. Au contraire, il fait partie du mouvement entrepreneurial.
Son principe est simple : tout est possible.
Le pire qui puisse arriver est souvent un “non”. Et un non n’est pas un échec définitif. C’est une information, une étape, un apprentissage.
Cette philosophie lui a permis d’oser entrer dans un marché difficile, de parler à des distributeurs étrangers, de convaincre des sommeliers, de se confronter aux critiques et de continuer à avancer lorsque le marché français n’était pas encore prêt.
Elle dit également être très attentive aux mots. Les expressions comme “j’ai peur que” ou “ma crainte, c’est que” résonnent fortement chez elle, car elles révèlent souvent des croyances limitantes.
Son approche consiste à repousser ces limites, pas à les laisser décider à sa place.
Une bâtisseuse avant tout
Mathilde Boulachin se définit comme une bâtisseuse.
Ce mot résonne particulièrement dans BUILD, un podcast consacré à celles et ceux qui construisent.
Pour Mathilde, avancer est vital. Elle aime les projets, le mouvement, l’innovation, les lancements, les nouvelles idées. Elle dit d’ailleurs à ses équipes que, sur un électrocardiogramme, la ligne droite n’est jamais bon signe.
Cette phrase résume bien sa manière d’entreprendre : une entreprise doit bouger, apprendre, progresser, expérimenter.
L’innovation est au cœur de sa stratégie. Mais elle ne la réduit pas au produit.
Innover, pour Mathilde, peut aussi vouloir dire :
- inventer une nouvelle manière de distribuer ;
- ouvrir un nouveau marché ;
- adapter son discours ;
- trouver un nouvel usage ;
- mieux communiquer ;
- améliorer son organisation ;
- lancer une nouvelle gamme.
Cette culture du mouvement explique pourquoi Chavin continue à évoluer dans un marché désormais beaucoup plus concurrentiel.
Ce que les entrepreneurs peuvent apprendre de Mathilde Boulachin
Le parcours de Mathilde Boulachin offre de nombreuses leçons aux entrepreneurs.
La première : ne pas attendre que le marché soit prêt. Les pionniers arrivent souvent trop tôt, mais c’est aussi ce qui leur permet de construire une longueur d’avance.
La deuxième : la différenciation est essentielle quand on part de zéro. Dans un marché saturé ou codifié, faire comme les autres condamne à l’invisibilité.
La troisième : la pédagogie fait partie du produit. Quand on crée une catégorie, il faut expliquer autant que vendre.
La quatrième : l’export peut être un accélérateur stratégique. Le marché le plus proche n’est pas toujours le plus facile.
La cinquième : la rentabilité protège la liberté. En gardant une discipline financière forte, Mathilde a conservé le contrôle de son entreprise.
Enfin, son parcours rappelle une chose simple : les critiques ne disparaissent jamais totalement, mais elles peuvent devenir un carburant.
Mathilde Boulachin dans BUILD : un épisode pour les entrepreneurs, dirigeants et créateurs de marque
L’épisode de BUILD avec Mathilde Boulachin dépasse largement le sujet du vin sans alcool.
Il parle de construction d’entreprise, d’innovation, de stratégie export, de financement, de marque, de distribution, de communication et de résilience.
Il montre comment une entrepreneuse peut partir d’un besoin personnel, identifier une tendance de fond, créer une marque, convaincre des marchés internationaux et revenir progressivement s’imposer en France.
Il montre aussi que l’entrepreneuriat n’est pas seulement une affaire de chiffres. C’est une affaire d’énergie, de vision, de courage et de capacité à tenir dans la durée.
Pour les fondateurs, dirigeants, responsables marketing, exportateurs et bâtisseurs, le parcours de Mathilde Boulachin est un exemple puissant.
Écouter l’épisode complet avec Mathilde Boulachin
Dans cet épisode de BUILD, Mathilde Boulachin partage avec Xavier Rodriguez les coulisses de la création de Chavin, sa stratégie internationale, son rapport au risque et sa vision du vin sans alcool premium.
Un échange inspirant pour comprendre comment une entrepreneuse peut transformer une intuition en entreprise internationale, et une niche en tendance de fond.
Retrouvez l’épisode complet de BUILD avec Mathilde Boulachin sur YouTube, Spotify, Apple Podcasts, Deezer et toutes les plateformes d’écoute.