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Samuel Tual : le dirigeant qui défend le travail, l’emploi et l’entreprise

Samuel Tual est le président du Groupe Actual, l’un des grands acteurs français de l’emploi, de l’intérim et des solutions RH. Il est aussi vice-président du Medef, engagé dans le débat public sur la place du travail, la fiscalité, l’entreprise et la création de richesse.

Dans un épisode de BUILD, le podcast animé par Xavier Rodriguez, Samuel Tual revient sur son parcours d’entrepreneur, la construction du Groupe Actual, sa vision du travail et son engagement pour défendre l’entreprise comme acteur utile à la société.

À travers cet échange, on découvre un dirigeant qui pense en cycles longs, qui revendique l’ancrage territorial, qui défend l’indépendance de son groupe et qui porte une conviction forte : il n’y a pas d’emploi sans entreprises capables d’investir, de prendre des risques et de se développer.

Un entrepreneur ancré en Mayenne

Samuel Tual est originaire de Laval, en Mayenne. Et cet ancrage n’est pas un détail dans son parcours.

Alors que le Groupe Actual est devenu un acteur national majeur, son siège reste en province. Pour Samuel Tual, ce choix a du sens. Il explique dans BUILD que revenir en Mayenne lui permet de s’extraire régulièrement de l’agitation parisienne et de revenir à l’essentiel.

Paris apporte de l’énergie, des rencontres, de la vitesse et une proximité avec les lieux de décision. Mais la Mayenne apporte autre chose : un rapport au réel, au territoire, aux équipes, aux entreprises locales, à la durée.

Cet équilibre dit beaucoup de sa manière de diriger.

Samuel Tual n’est pas un dirigeant déconnecté de son territoire. Il construit un groupe national et international, mais avec un siège, une histoire et une culture qui restent profondément enracinés dans l’Ouest de la France.

Cet ancrage territorial se retrouve aussi dans le métier d’Actual : accompagner l’emploi dans les bassins de vie, au plus près des entreprises et des candidats.

Des débuts dans l’édition et l’insertion professionnelle

Avant de rejoindre l’univers de l’intérim, Samuel Tual commence par l’édition.

Lorsqu’il est étudiant, il crée une association qui édite un magazine consacré à l’orientation scolaire et à l’insertion professionnelle. Cette première initiative est déjà très proche des sujets qui deviendront centraux dans sa carrière : aider les jeunes à trouver leur voie, créer des passerelles entre formation et emploi, rendre les parcours plus lisibles.

À la sortie de ses études, il transforme cette association en structure commerciale. Il crée ainsi son propre emploi, avant même de rejoindre le secteur de l’intérim.

Ce point est intéressant : Samuel Tual n’a pas d’abord cherché un poste. Il a créé une activité.

Cette première expérience lui apprend à entreprendre, à structurer une offre, à parler à un public, à comprendre les besoins des jeunes et à se confronter très tôt à la question de l’insertion professionnelle.

Elle pose les bases d’une conviction qui restera présente tout au long de son parcours : le travail est un sujet central dans la vie des personnes.

La rencontre avec l’intérim et la construction du Groupe Actual

L’intérim arrive ensuite dans son parcours.

Son père évolue déjà dans le secteur du travail temporaire. Au départ, Samuel Tual ne cherche pas forcément à suivre le même chemin. Il le dit lui-même : il n’avait pas nécessairement envie de “faire comme son père”.

Mais il finit par créer une première activité spécialisée dans les métiers de la relation client, notamment les centres d’appels. À la fin des années 1990, ce positionnement est encore relativement nouveau : il n’existe pas vraiment d’agences d’intérim spécialisées dans ce secteur.

Cette spécialisation lui permet de se différencier.

Quelques années plus tard, Samuel Tual et son père constatent qu’ils font le même métier, mais de manière différente. L’un porte une activité plus généraliste, ancrée en province ; l’autre développe une spécialité autour des grandes villes.

Ils décident alors de rapprocher leurs activités.

Ce rapprochement marque la naissance d’un projet plus ambitieux : structurer un groupe, créer des fonctions support, recruter les bonnes compétences, financer le développement et passer d’un ensemble d’agences à une véritable entreprise nationale.

Une méthode de dirigeant : écrire le projet et tenir le cap

L’un des éléments les plus marquants du parcours de Samuel Tual est sa manière de construire l’entreprise par cycles de dix ans.

Au début des années 2000, il écrit avec son père un premier projet de développement. L’objectif : passer d’une quinzaine d’agences à cent agences en dix ans.

Ce projet est atteint en 2011. Le Groupe Actual passe alors d’environ 45 millions d’euros à 200 millions d’euros de chiffre d’affaires.

Un nouveau cycle est ensuite lancé. Puis un autre.

Cette approche est au cœur de la méthode Samuel Tual.

Pour lui, une entreprise a besoin d’une destination claire. Il compare souvent cette logique à la course au large : on peut adapter la trajectoire, tirer des bords, composer avec la météo, mais on ne change pas de destination à chaque coup de vent.

Le vrai danger, selon lui, c’est l’errance stratégique.

Lorsqu’une entreprise change de cap à chaque crise, elle désoriente ses équipes, disperse son énergie et perd sa cohérence.

À l’inverse, une vision longue permet de mobiliser les collaborateurs, d’attirer les talents, de structurer les investissements et de traverser les périodes difficiles sans perdre le sens du projet.

Une croissance portée par un projet

Samuel Tual insiste sur un point essentiel : la croissance d’Actual n’est pas seulement le fruit d’un marché porteur.

Elle est d’abord le fruit d’un projet.

Un projet donne envie.

Un projet attire.

Un projet permet de recruter.

Un projet met les équipes en mouvement.

Un projet permet de prendre des décisions cohérentes.

Pour Samuel Tual, il ne suffit pas de dire que l’on veut grandir. Il faut expliquer pourquoi, comment, avec quelle ambition et au service de quelle utilité.

C’est cette vision qui permet au Groupe Actual de changer d’échelle. Aujourd’hui, le groupe réalise environ 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires, avec plus de 600 agences et près de 33 000 équivalents temps plein intérimaires accompagnés chaque année.

Mais Samuel Tual ne présente pas ces chiffres comme une finalité.

Ce qui l’intéresse, c’est l’impact : le nombre de personnes accompagnées, la capacité à répondre aux besoins des entreprises, la place donnée au travail et l’utilité du groupe dans les territoires.

Sa vision du travail : du travail subi au travail choisi

L’un des grands thèmes de l’épisode est la vision du travail portée par Samuel Tual.

Pour lui, le travail n’est pas seulement une contrainte économique. Il est aussi un facteur d’intégration, de dignité, d’autonomie, de progression et de lien social.

À travers le Groupe Actual, Samuel Tual défend l’idée du travail choisi plutôt que du travail subi.

Cela signifie que l’accompagnement vers l’emploi ne doit pas se limiter à remplir une mission ou à répondre à un besoin immédiat. Il doit aider les personnes à trouver leur place, à progresser, à se former, à gagner en autonomie et à construire un parcours.

Dans cette vision, l’intérim peut jouer plusieurs rôles.

Pour certains, il est un sas vers l’emploi durable.

Pour d’autres, il est un espace de liberté.

Pour d’autres encore, il est un outil d’insertion ou de retour progressif vers l’emploi.

Samuel Tual refuse donc une lecture trop simpliste de l’intérim comme synonyme automatique de précarité.

Selon lui, la précarité existe surtout lorsque la personne est seule face au marché du travail. Une agence d’emploi peut au contraire apporter de l’accompagnement, du conseil, des missions, de la formation et des perspectives.

Deux clients : les entreprises et les candidats

Samuel Tual explique très clairement que le métier d’agence d’emploi repose sur deux clients.

Le premier client est l’entreprise. Elle a besoin de recruter, de faire face à un pic d’activité, de trouver une compétence rare, de remplacer un salarié absent ou de tester une collaboration.

Le second client est la personne accompagnée : l’intérimaire, le candidat, le salarié en transition ou celui qui cherche à retrouver sa place sur le marché du travail.

Même si le candidat n’est pas facturé, il doit être considéré avec le même niveau d’attention.

Sans entreprise, il n’y a pas de mission.

Sans candidat, il n’y a pas de réponse au besoin de l’entreprise.

Cette double relation est au cœur du métier d’Actual.

L’objectif n’est pas seulement de rapprocher une offre et une demande. Il s’agit de comprendre les besoins, de sécuriser les parcours, de fidéliser les talents, de créer de la confiance et de répondre à des attentes parfois très différentes.

Son engagement public et patronal

Samuel Tual est aussi un dirigeant engagé dans le débat public.

Vice-président du Medef, il prend régulièrement position sur les sujets liés à l’emploi, au travail, à la fiscalité, à l’entreprise et au modèle social français.

Dans l’épisode, il revient notamment sur son coup de gueule autour de son projet de nouveau siège à Laval. Alors qu’il venait d’acquérir un terrain et de lancer un projet immobilier sur le long terme, il a décidé de suspendre symboliquement l’opération face à l’instabilité fiscale et au discours politique qu’il percevait comme défavorable aux entreprises.

Son message était clair : une entreprise ne peut pas investir sereinement sur vingt ans si les règles du jeu changent en permanence et si la création de richesse est systématiquement regardée comme un problème.

Ce geste a eu un fort retentissement.

Pour Samuel Tual, il ne s’agissait pas seulement de défendre son entreprise. Il voulait rappeler que les entreprises créent de l’emploi, investissent, innovent, prennent des risques et font vivre les territoires.

Elles ne peuvent pas être considérées uniquement comme une source de financement public.

Défendre l’entreprise, pas seulement les patrons

Samuel Tual précise que son engagement ne consiste pas à défendre une catégorie sociale ou les intérêts particuliers des dirigeants.

Il défend d’abord l’entreprise comme institution utile.

Une entreprise, c’est un lieu où l’on travaille, où l’on apprend, où l’on produit, où l’on sert des clients, où l’on crée de la richesse, où l’on finance des emplois, où l’on contribue au territoire.

Pour lui, il ne peut pas y avoir de redistribution durable sans création préalable de richesse. Il ne peut pas y avoir de travail sans entreprises capables d’embaucher. Il ne peut pas y avoir de souveraineté économique sans acteurs solides, implantés localement et capables d’investir.

Son discours est donc profondément lié à une vision de société.

Il estime que la France doit réapprendre à faire confiance à ceux qui prennent des risques, qui développent des entreprises et qui créent des emplois.

Sa vision du modèle social français

Dans l’épisode, Samuel Tual partage aussi une analyse plus large du modèle social français.

Selon lui, la France arrive à la fin d’un cycle. Le modèle construit après-guerre a permis de grandes avancées, mais il montre aujourd’hui ses limites.

Le financement de la protection sociale repose encore très fortement sur le travail. Or, ce choix pèse sur le coût de l’emploi, la compétitivité, les salaires et la capacité des entreprises à recruter.

Samuel Tual appelle donc à repenser en profondeur ce qui doit être financé par le travail, ce qui relève de la solidarité nationale et comment rendre le travail plus attractif, plus rémunérateur et moins lourdement taxé.

Son raisonnement est simple : avant de partager la richesse, il faut d’abord permettre sa création.

Et pour créer de la richesse, il faut des entreprises capables d’investir, d’embaucher, de former et de se développer.

Sa vision du risque, du cash et de l’indépendance

Samuel Tual accorde une importance majeure à l’indépendance.

Dans une activité comme l’intérim, la trésorerie est un sujet central. Les salaires doivent être versés rapidement, alors que les clients paient avec un décalage. Plus l’activité grandit, plus les besoins de cash augmentent.

Pour Samuel Tual, la trésorerie est donc le nerf de la guerre.

Elle conditionne l’autonomie.

Elle permet de financer la croissance.

Elle protège la liberté stratégique.

Elle évite de devenir dépendant d’acteurs financiers dont les horizons ne seraient pas alignés avec le projet.

Pour financer le développement du Groupe Actual, Samuel Tual s’est appuyé sur des partenaires bancaires de long terme, comme BNP Paribas Développement, tout en veillant à ne pas financiariser l’entreprise.

Il revendique un capital majoritairement familial, complété par des partenaires bancaires et une part d’actionnariat salarié.

Cette structure lui permet de garder la maîtrise du projet, de penser à dix ans et de refuser la pression excessive du court terme.

Un dirigeant qui pense la croissance comme un impact

Samuel Tual ne parle pas de croissance uniquement en termes de chiffre d’affaires.

Le passage du milliard d’euros est évidemment symbolique, mais ce n’est pas ce qui le fait le plus vibrer.

Ce qui compte, selon lui, c’est ce que cette croissance permet de faire.

Accompagner plus de personnes.

Créer plus de solutions d’emploi.

Être présent dans plus de territoires.

Répondre mieux aux besoins des entreprises.

Développer de nouvelles expertises.

Donner plus de force au projet.

Cette vision permet de distinguer la croissance utile de la croissance purement financière.

Grandir n’a de sens que si l’entreprise augmente son impact réel.

Dans le cas du Groupe Actual, cet impact se mesure à la capacité d’accompagner des parcours professionnels, de rapprocher les entreprises et les candidats, de former, d’insérer et de contribuer au travail dans les territoires.

Son super pouvoir : audace et congruence

À la fin de l’épisode, Xavier Rodriguez demande à Samuel Tual quel est son “super pouvoir”.

Sa réponse tient en deux mots : audace et congruence.

L’audace, parce qu’il faut oser formuler des projets ambitieux. Une entreprise qui veut mobiliser ses équipes doit proposer une aventure suffisamment grande pour donner envie.

La congruence, parce qu’un dirigeant doit être aligné.

Aligné entre ce qu’il pense, ce qu’il dit et ce qu’il fait.

Aligné entre son discours et ses décisions.

Aligné entre sa vision et son comportement.

Aligné entre l’ambition affichée et la réalité vécue par les équipes.

Pour Samuel Tual, cette congruence est essentielle pour créer la confiance.

Elle est importante avec les collaborateurs, avec les partenaires financiers, avec les entreprises acquises, avec les candidats, avec les clients et avec toutes les parties prenantes.

Un dirigeant peut avoir une vision. Mais s’il n’est pas cohérent dans ses actes, il ne peut pas embarquer durablement.

Ce que les dirigeants peuvent apprendre de Samuel Tual

Le parcours de Samuel Tual offre plusieurs enseignements forts.

Le premier : écrire une vision à dix ans change profondément la manière de diriger. Cela oblige à distinguer le cap des aléas.

Le deuxième : l’ancrage territorial peut être une force stratégique. Diriger depuis Laval n’empêche pas de construire un groupe national ; cela peut même apporter une forme de stabilité et de lucidité.

Le troisième : le travail est un sujet économique, social et politique. Une entreprise de l’emploi ne vend pas seulement des missions, elle accompagne des trajectoires humaines.

Le quatrième : la croissance demande de la rigueur financière. Sans cash, pas d’autonomie ; sans autonomie, pas de liberté.

Le cinquième : un dirigeant doit prendre la parole. Dans un contexte où l’entreprise est parfois caricaturée, ceux qui construisent doivent expliquer ce qu’ils font et pourquoi ils le font.

Enfin, Samuel Tual rappelle qu’une entreprise indépendante peut avoir un rôle majeur dans la société, à condition de penser long terme, impact et responsabilité.

Samuel Tual dans BUILD : un épisode pour les entrepreneurs, dirigeants et DRH

L’épisode de BUILD avec Samuel Tual dépasse largement le portrait d’un dirigeant du secteur de l’intérim.

Il permet de réfléchir à des sujets essentiels : la croissance d’entreprise, le rôle du travail, l’avenir de l’emploi, le financement de la croissance, l’indépendance capitalistique, l’engagement public des dirigeants, la fiscalité et la place des entreprises dans les territoires.

Pour les entrepreneurs, c’est une leçon sur la vision long terme.

Pour les DRH et recruteurs, c’est une réflexion sur l’accompagnement des parcours.

Pour les dirigeants, c’est un rappel de l’importance du projet, du cash, de l’alignement et de la prise de parole.

Pour les décideurs publics, c’est un témoignage direct sur ce dont les entreprises ont besoin pour investir : de la confiance, de la stabilité et de la visibilité.

Écouter l’épisode complet avec Samuel Tual

Dans cet épisode de BUILD, Samuel Tual partage avec Xavier Rodriguez les coulisses de la construction du Groupe Actual, sa vision du travail, son engagement pour l’entreprise et sa manière de piloter une croissance sur le temps long.

Un échange à écouter pour comprendre comment un dirigeant peut bâtir un groupe de 1,5 milliard d’euros tout en restant fidèle à une conviction simple : le travail est l’un des grands leviers de construction individuelle et collective.

Retrouvez l’épisode complet de BUILD avec Samuel Tual sur YouTube, Spotify, Apple Podcasts, Deezer et toutes les plateformes d’écoute.

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