Jean-Vincent Raymondis : parcours et méthode du CEO de Saretec
CEO du Groupe Saretec, Jean-Vincent Raymondis incarne un parcours de dirigeant singulier : ancien officier passé par Saint-Cyr, il dirige aujourd’hui un groupe de 2 500 personnes, 750 actionnaires et près de 300 millions d’euros de chiffre d’affaires. Invité du podcast BUILD, animé par Xavier Rodriguez, il revient sur son rapport au risque, son expérience militaire, sa vision du management, la croissance de Saretec et la transformation d’un métier historique d’expertise vers la prévention, la donnée et l’innovation.
Son parcours repose sur un fil rouge clair : être utile. Utile dans l’armée, utile dans l’entreprise, utile face aux sinistres, utile face aux risques climatiques ou cyber, utile auprès des équipes de terrain. À travers cet épisode, Jean-Vincent Raymondis montre qu’un dirigeant ne construit pas seulement avec une stratégie. Il construit avec des femmes et des hommes capables de voir le réel, de capter les signaux faibles et d’agir ensemble.
Un dirigeant venu du monde militaire
Avant de devenir CEO de Saretec, Jean-Vincent Raymondis commence sa carrière dans l’armée.
Il passe par Saint-Cyr, devient officier, puis quitte l’institution militaire lorsqu’il est capitaine. Ce premier parcours joue un rôle essentiel dans sa manière de voir le management, l’engagement et la responsabilité.
Il explique dans BUILD qu’il n’est pas issu directement d’une famille militaire. Son orientation se construit progressivement. Au lycée, alors qu’il cherche sa voie, il découvre l’existence des classes préparatoires militaires. L’idée l’attire : un cadre exigeant, la possibilité de continuer à faire du sport, un environnement structuré pour travailler.
Il rejoint ensuite cet univers et y découvre quelque chose qui le marque profondément : l’exigence, la camaraderie, la fraternité et l’envie de servir. Cette notion de service restera présente tout au long de son parcours.
Saint-Cyr : apprendre à commander et à manager
L’un des enseignements les plus forts que Jean-Vincent Raymondis retient de Saint-Cyr concerne le management.
Il le dit clairement dans l’épisode : le management n’est pas seulement un art, c’est un muscle. Il se travaille, il s’entretient, il s’apprend.
Cette phrase est importante, car elle résume une grande partie de sa méthode de dirigeant. Pour lui, on ne naît pas simplement bon manager. On le devient par l’expérience, par l’apprentissage, par les erreurs, par l’attention portée aux autres et par la capacité à progresser.
Cette vision tranche avec l’idée selon laquelle le leadership serait une qualité naturelle réservée à quelques profils. Jean-Vincent Raymondis défend une approche plus exigeante, mais aussi plus accessible : chacun peut apprendre à mieux manager, à mieux commander, à mieux faire travailler les autres ensemble.
Chez Saretec, cette conviction prend tout son sens. Le groupe évolue dans des métiers techniques, avec des experts, des ingénieurs, des professionnels de terrain et des équipes capables d’intervenir dans des situations complexes. Pour faire progresser l’entreprise, il faut donc savoir faire travailler ensemble des expertises différentes.
Les opérations extérieures : apprendre dans l’incertitude
Après Saint-Cyr, Jean-Vincent Raymondis connaît plusieurs années très opérationnelles.
Il évoque notamment ses expériences en ex-Yougoslavie, dans un contexte complexe, instable et incertain. Ces années le confrontent au pire comme au meilleur de l’humain. Elles lui apprennent beaucoup sur lui-même, sur les autres et sur la responsabilité du commandement.
Dans l’épisode, il raconte un moment marquant. Lors d’une intervention après un tir de roquette, son pilote lui demande ce qui est le plus important : la mission ou autre chose. Par réflexe, Jean-Vincent Raymondis répond que “la mission est sacrée”. Avec le recul, il considère que c’était la pire réponse à apporter à ce moment-là.
Pourquoi ? Parce que son pilote avait peur. Et qu’un leader ne doit pas seulement penser à la mission. Il doit aussi regarder les personnes qui l’entourent.
Ce souvenir devient une leçon durable : dans l’incertitude, les équipes regardent leur leader. Elles n’attendent pas seulement un ordre ou une phrase rassurante. Elles attendent aussi d’être vues, comprises et considérées.
Regarder les autres dans les moments difficiles
Cette leçon militaire accompagne encore Jean-Vincent Raymondis dans sa vie de dirigeant.
Dans une entreprise aussi, il existe des moments d’incertitude. Des périodes de crise, de transformation, de croissance rapide, de tension opérationnelle ou de changement de modèle. Dans ces moments, les collaborateurs observent leurs dirigeants.
Ils veulent savoir si le cap est clair. Mais ils veulent aussi sentir que leur réalité est comprise.
Pour Jean-Vincent Raymondis, diriger ne consiste donc pas uniquement à prendre la bonne décision. C’est aussi être attentif à ce que les autres vivent au moment où la décision doit être prise.
Cette vision du leadership est particulièrement précieuse dans les métiers de Saretec. Les équipes interviennent souvent après un sinistre, une panne, une catastrophe ou une crise. Elles sont confrontées à des situations humaines sensibles. Leur propre management doit donc intégrer cette dimension humaine du risque.
Être utile : le fil rouge de son parcours
Jean-Vincent Raymondis explique qu’il voit une continuité entre son parcours militaire et son rôle actuel.
Il ne décrit pas son passage dans le monde civil comme une rupture totale. Au contraire, il y retrouve un même fil conducteur : l’envie de servir et d’être utile.
Dans l’armée, être utile signifie servir une mission, protéger, commander, agir dans des situations parfois difficiles.
Chez Saretec, être utile prend une autre forme : aider les personnes, les entreprises, les collectivités et les assureurs lorsqu’un risque devient concret. Comprendre un sinistre. Évaluer un dommage. Identifier une responsabilité. Prévenir une crise. Accélérer une gestion. Transformer une donnée terrain en solution utile.
Ce lien donne de la cohérence à son parcours. Jean-Vincent Raymondis ne passe pas d’un monde de l’engagement à un monde uniquement économique. Il transpose son envie d’utilité dans une entreprise spécialisée dans la gestion des risques.
De l’armée à l’expertise : une transition cohérente
Après avoir quitté l’armée, Jean-Vincent Raymondis rejoint le monde de l’expertise.
À première vue, la transition peut sembler surprenante. Pourtant, elle est plus logique qu’il n’y paraît.
Dans l’armée comme dans l’expertise, il faut intervenir dans des situations complexes. Il faut comprendre rapidement les faits. Il faut organiser l’action. Il faut travailler avec plusieurs parties prenantes. Il faut garder son sang-froid. Il faut décider avec des informations parfois incomplètes. Il faut agir utilement.
Le métier de Saretec se situe précisément à cet endroit : lorsque quelque chose arrive, qu’il faut comprendre, évaluer, expliquer, accompagner et parfois prévenir la répétition du problème.
Cette proximité entre les deux univers explique pourquoi Jean-Vincent Raymondis semble parler du risque avec autant de naturel. Pour lui, le risque n’est pas une abstraction. C’est une réalité à comprendre, à gérer et à transformer.
Diriger Saretec : construire autour du risque
Aujourd’hui, Jean-Vincent Raymondis dirige le Groupe Saretec, une entreprise spécialisée dans les risques, les sinistres, la prévention, la mobilité et la donnée terrain.
Dans BUILD, il présente trois grands métiers.
Le premier est l’expertise et la prévention. Saretec intervient pour les assureurs ou les grandes entreprises, avant ou après un sinistre, afin d’en déterminer les causes et d’évaluer les montants d’indemnisation.
Le deuxième concerne la mobilité, notamment autour des pannes et accidents de véhicules. Le groupe intervient pour simplifier et accélérer la résolution de ces problèmes.
Le troisième est plus technologique. Saretec collecte de la donnée réelle sur le terrain et développe des solutions pour prévenir les risques, accélérer la gestion des sinistres et améliorer leur prévisibilité.
Cette combinaison montre que le groupe ne se limite plus à une expertise classique. Il évolue vers un modèle plus large, fondé sur la prévention, la donnée et l’innovation.
Écouter les experts de terrain
L’une des grandes convictions de Jean-Vincent Raymondis est que les équipes de terrain sont les meilleurs capteurs de signaux faibles.
Il explique que les experts sont ceux qui passent la porte des clients, qui voient les situations réelles, qui comprennent les sinistres, les frustrations, les risques récurrents et les points d’amélioration possibles.
Ces professionnels ne sont pas seulement des exécutants. Ils portent une connaissance précieuse du réel.
Pour un dirigeant, les écouter est donc essentiel. Les grandes orientations stratégiques peuvent venir du terrain, parce que le terrain révèle les problèmes avant qu’ils ne deviennent visibles dans les chiffres.
Cette conviction rejoint son apprentissage militaire : dans les moments d’incertitude, il faut regarder les autres. Dans l’entreprise, il faut écouter ceux qui font.
Sa vision du risque : ne pas seulement réparer
Le risque est au cœur du métier de Saretec. Mais Jean-Vincent Raymondis ne veut pas limiter l’entreprise à une logique de réparation.
Historiquement, l’expert intervient après le sinistre. Il analyse, chiffre, évalue, accompagne. Cette mission reste essentielle. Mais face aux nouveaux risques, elle ne suffit plus.
Le risque climatique, le risque cyber, les catastrophes naturelles, les pannes massives ou les crises touchant les entreprises obligent à changer de logique. Il faut prévenir autant que réparer.
Jean-Vincent Raymondis explique que si les sinistres coûtent toujours plus cher, les primes d’assurance risquent d’augmenter. Si les primes augmentent trop, certaines personnes ne pourront plus s’assurer. Et si moins de personnes sont assurées, le modèle lui-même se fragilise.
La prévention devient donc un enjeu économique et social, pas seulement technique.
Risque climatique : une prise de conscience nécessaire
Le risque climatique occupe une place importante dans l’épisode.
Jean-Vincent Raymondis évoque notamment les inondations, les tempêtes et les événements extrêmes. Il rappelle que si le système consiste uniquement à réparer les conséquences des catastrophes, il atteint une limite.
Il prend l’exemple des inondations dans le nord de la France et de leurs conséquences pour des propriétaires dont la maison représente souvent le seul patrimoine. Si leur bien perd de la valeur ou devient difficilement assurable, c’est toute leur sécurité économique qui est fragilisée.
Dans cette perspective, la prévention devient indispensable : mieux protéger, mieux adapter, mieux reconstruire, mieux comprendre les zones exposées, mieux utiliser la donnée.
Pour Jean-Vincent Raymondis, le rôle de Saretec doit donc évoluer vers un accompagnement plus large de la résilience face aux risques climatiques.
Cyber : le risque qui transforme les entreprises
Le risque cyber est l’autre grand sujet systémique abordé dans l’épisode.
Jean-Vincent Raymondis explique que, face au cyber, les entreprises ne peuvent pas se contenter d’acheter une assurance. Elles doivent aussi investir dans la prévention, la protection et la gestion de crise.
Les TPE, PME et collectivités sont particulièrement exposées. Les cyberattaques peuvent bloquer une activité, empêcher les salariés de travailler, compromettre des données, créer une crise de confiance et générer des pertes importantes.
Dans l’épisode, Jean-Vincent Raymondis évoque le développement de CBEX Assistance, une structure spécialisée dans la gestion de crise cyber. L’objectif est d’aider les organisations attaquées, mais aussi de renforcer les dispositifs de prévention.
Ce sujet illustre parfaitement sa vision : face à des risques plus complexes, l’expertise doit se transformer en prévention active.
La donnée terrain comme nouvel actif stratégique
Jean-Vincent Raymondis insiste sur un autre levier majeur : la donnée.
Saretec collecte chaque jour une donnée très particulière : une donnée issue du terrain. Elle vient des sinistres, des pannes, des accidents, des interventions, des constats réels.
Cette donnée a une grande valeur, car elle permet de comprendre ce qui arrive vraiment. Elle peut révéler des causes récurrentes, des vulnérabilités, des zones à risque, des comportements, des défauts techniques ou des opportunités de prévention.
Le groupe développe donc des solutions technologiques à partir de cette donnée. L’objectif est d’accélérer la gestion des sinistres, d’améliorer la prévention et de renforcer la prévisibilité.
Cette transformation est stratégique : Saretec passe d’un métier d’expertise à un métier de connaissance et d’anticipation.
Croissance, actionnariat et intrapreneuriat
Jean-Vincent Raymondis dirige un groupe en forte croissance.
Dans l’épisode, Xavier Rodriguez rappelle que Saretec compte 2 500 personnes, 750 actionnaires et une croissance de plus de 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en cinq ans, pour atteindre une trajectoire proche de 300 millions d’euros.
Cette croissance repose sur plusieurs leviers : croissance organique, croissance externe, développement technologique, diversification des métiers et intrapreneuriat.
L’intrapreneuriat est particulièrement important dans un groupe comme Saretec. Les idées nouvelles peuvent venir des équipes qui voient les problèmes au quotidien. Une frustration terrain peut devenir un service. Une donnée récurrente peut devenir une solution. Une difficulté client peut devenir une opportunité d’innovation.
Le rôle du dirigeant est alors de créer un cadre où ces initiatives peuvent émerger, être testées et se développer.
Croissance externe : chercher les métiers de demain
La croissance externe fait aussi partie du développement de Saretec.
Jean-Vincent Raymondis explique que le groupe recherche notamment des entreprises européennes innovantes, capables de surperformer sur leur marché national. L’objectif n’est pas seulement d’acheter du chiffre d’affaires. Il s’agit d’identifier des métiers, des expertises ou des technologies qui pourront être déployés plus largement.
Cette approche montre une vision stratégique de la croissance externe.
Une acquisition doit préparer l’avenir du groupe. Elle doit apporter une compétence nouvelle, un savoir-faire différenciant, une capacité technologique ou une présence géographique utile.
Pour Saretec, cette logique est cohérente avec la transformation du marché du risque. Les risques évoluent. Les réponses doivent évoluer aussi. La croissance externe permet d’accélérer cette transformation.
Le super pouvoir de Jean-Vincent Raymondis : écouter les gens qui font
À la fin de l’épisode, Jean-Vincent Raymondis revient sur une qualité essentielle du dirigeant : écouter les gens qui font.
Cette formule résume sa méthode.
Les personnes qui sont au contact du terrain savent ce qui se passe réellement. Elles voient les difficultés, les frustrations, les besoins clients, les signaux faibles et les risques qui montent.
Un dirigeant qui les écoute peut mieux décider. Il peut éviter de se couper du réel. Il peut transformer les remontées opérationnelles en innovation. Il peut aussi créer une culture dans laquelle chacun se sent utile.
Cette écoute est peut-être l’héritage le plus direct de son parcours militaire. Diriger, ce n’est pas seulement commander. C’est comprendre ceux qui agissent.
Ce que les dirigeants peuvent apprendre de Jean-Vincent Raymondis
Le parcours de Jean-Vincent Raymondis offre plusieurs enseignements utiles aux entrepreneurs et dirigeants.
Le premier est que le management s’apprend. Il se travaille comme un muscle.
Le deuxième est qu’un leader doit regarder ses équipes dans les moments d’incertitude. La présence compte autant que la décision.
Le troisième est que l’utilité peut être un fil rouge puissant dans une carrière.
Le quatrième est que les métiers historiques doivent se transformer lorsqu’un marché change. Saretec passe progressivement de l’expertise à la prévention, à la donnée et à la technologie.
Le cinquième est que le terrain est un actif stratégique. Les équipes opérationnelles voient ce que les tableaux de bord ne montrent pas toujours.
Le sixième est que la croissance externe doit servir les métiers de demain, pas seulement l’augmentation du chiffre d’affaires.
Le septième est que la prévention devient un enjeu central pour les entreprises, les assureurs, les collectivités et les particuliers.
Pourquoi écouter Jean-Vincent Raymondis dans BUILD ?
L’épisode BUILD avec Jean-Vincent Raymondis est particulièrement utile pour les dirigeants, entrepreneurs, assureurs, risk managers, responsables cyber, experts, managers et professionnels confrontés à la transformation des risques.
Il permet de comprendre le parcours d’un ancien officier devenu CEO, mais aussi la mutation d’un groupe spécialisé dans l’expertise assurance vers la prévention, la data, la mobilité et l’innovation technologique.
On y parle de leadership, de management, de risque climatique, de cybersécurité, de sinistres, de prévention, de croissance externe, d’intrapreneuriat et d’écoute du terrain.
Surtout, l’épisode rappelle une conviction simple : le risque n’est pas seulement une menace. C’est aussi un espace d’action, d’utilité et de progrès.
Écouter Jean-Vincent Raymondis dans le podcast BUILD
Dans cet épisode de BUILD, Xavier Rodriguez reçoit Jean-Vincent Raymondis, CEO du Groupe Saretec, pour parler de gestion des risques, d’expertise assurance, de prévention des sinistres, de cybersécurité, de donnée terrain, de croissance externe, d’intrapreneuriat et de leadership.
Découvrir l’entretien complet de Jean-Vincent Raymondis dans BUILD pour comprendre comment un ancien officier transforme la culture du risque en moteur de croissance, d’innovation et de prévention.