Accéder au contenu principal

Pierre Vanstoflegatte : un dirigeant façonné par les chantiers et l’international

Né au Maroc, formé à Polytechnique et aux Mines, passé par des chantiers souterrains, un barrage en Chine et plusieurs entreprises industrielles, Pierre Vanstoflegatte dirige aujourd’hui Colas. Invité par Xavier Rodriguez, PDG du Groupe Jarnias, dans le podcast BUILD, il revient sur une trajectoire moins linéaire qu’elle n’y paraît et sur une conviction constante : pour décider avec justesse, il faut rester proche du travail réel.

Certains parcours de dirigeants semblent avoir été construits selon un plan précis. Celui de Pierre Vanstoflegatte se raconte autrement.

Lorsqu’il évoque son entrée à l’École polytechnique, il ne présente pas cette étape comme l’aboutissement d’une stratégie familiale ou d’un projet formulé dès l’enfance. Il parle de travail, de circonstances favorables et d’une part de chance.

Cette manière de relire son parcours donne immédiatement le ton de l’entretien mené par Xavier Rodriguez dans BUILD : Pierre Vanstoflegatte ne cherche pas à reconstruire une légende personnelle. Il préfère parler des expériences qui l’ont formé, des environnements qui l’ont obligé à apprendre et des responsabilités qui l’ont progressivement conduit à la direction de Colas.

Une enfance marquée par l’ouverture internationale

Pierre Vanstoflegatte est né au Maroc, où ses parents s’étaient installés avant sa naissance. Cette relation précoce avec l’étranger n’est pas anecdotique.

Elle nourrit chez lui une attirance pour l’export, la mobilité et la découverte de contextes différents. Plus tard, cette disponibilité géographique jouera un rôle important dans son évolution professionnelle.

Son parcours familial ne le destinait pas nécessairement aux grandes écoles. Sa mère était enseignante et son père industriel. L’École polytechnique appartenait davantage, selon ses propres mots, à l’univers du défilé du 14 Juillet qu’à un projet précisément défini.

Il réussit pourtant le concours, puis poursuit sa formation aux Mines.

Interrogé par Xavier Rodriguez sur ce que ces études lui ont réellement apporté, il insiste moins sur les connaissances académiques que sur deux apprentissages : l’intensité du travail et le commandement.

Le service militaire effectué au début de sa formation lui donne une première expérience de la responsabilité collective. Il découvre qu’encadrer ne consiste pas uniquement à posséder une expertise, mais à créer des conditions d’action pour un groupe.

Le tunnel du RER D comme première école du réel

La carrière de Pierre Vanstoflegatte commence au cœur de Paris, sur le chantier de raccordement du RER D.

Le projet consiste alors à prolonger la ligne sous la Seine. Depuis un puits situé boulevard de Sébastopol, les équipes descendent pour creuser le tunnel et rejoindre Châtelet.

Ce premier chantier réunit plusieurs dimensions qui resteront présentes tout au long de son parcours : la complexité technique, la présence physique du risque, la coordination d’équipes diverses et la satisfaction de produire un ouvrage concret.

Sur ce chantier, il se souvient d’avoir travaillé avec 17 nationalités. Cette diversité lui permet de décrire le BTP comme un secteur d’intégration, dans lequel les compétences se transmettent largement par le travail et où les diplômes ne constituent pas l’unique voie d’entrée.

Dans BUILD, ce souvenir prend une dimension particulière. Le chantier n’est pas seulement présenté comme une réalisation technique. Il devient un lieu de rencontre, d’apprentissage collectif et d’appartenance.

Un barrage en Chine pour apprendre l’échelle

Après Paris, Pierre Vanstoflegatte part en Chine pour participer à la construction d’un barrage sur le fleuve Jaune.

Le projet mobilise environ 5 000 personnes. Il se déroule dans un environnement isolé, au milieu de matériels imposants et de contraintes naturelles considérables.

Pierre Vanstoflegatte travaille notamment sur les entrées de tunnels nécessaires à la gestion de l’eau. Le chantier doit aussi tenir compte des limons transportés par le fleuve, dont dépend la fertilité de vastes territoires agricoles.

Cette expérience lui fait toucher une autre dimension des infrastructures : leur rôle dépasse l’ouvrage lui-même. Une route, un tunnel ou un barrage modifient les conditions de vie, la circulation des marchandises et l’équilibre économique d’une région.

Le jeune ingénieur découvre aussi ce que signifie travailler loin de ses repères, dans une organisation de très grande taille et au sein d’un contexte culturel différent.

Des changements de secteur sans rupture avec le terrain

La carrière de Pierre Vanstoflegatte ne se limite pas aux travaux publics. Il passe notamment par les services énergétiques, SPIE et Schindler, dont il dirige la filiale française.

L’univers des ascenseurs peut sembler éloigné de la route. Il présente pourtant plusieurs continuités : la technicité, la maintenance, la sécurité, la proximité avec les clients et le rôle déterminant des équipes d’intervention.

Chez Schindler, il observe la relation particulière entre les techniciens et les équipements qu’ils entretiennent. Chaque professionnel dispose d’un territoire et d’un parc de machines dont il se sent directement responsable.

Cette appropriation constitue une force, car elle développe l’engagement. Elle peut aussi rendre les transformations plus délicates. Changer une méthode ou un rituel suppose de convaincre des professionnels expérimentés, attachés à leur autonomie et à leur manière de travailler.

Pierre Vanstoflegatte y approfondit ainsi une conception du management qui ne repose pas sur l’application uniforme d’un modèle. Pour faire évoluer une organisation technique, il faut comprendre la culture des métiers et reconnaître les responsabilités déjà assumées sur le terrain.

Diriger sans s’éloigner du travail réel

À la tête de Colas, Pierre Vanstoflegatte dirige une organisation présente dans de nombreux pays et rassemblant environ 60 000 collaborateurs.

La taille du groupe pourrait l’éloigner progressivement des opérations. Il décrit au contraire les déplacements comme une composante centrale de sa fonction.

Il passe une part importante de son temps dans les pays, les agences, les usines et les chantiers. Ces visites lui permettent de rencontrer les équipes, mais aussi de comprendre les demandes d’investissement, les performances locales et les difficultés rencontrées.

Son approche ne consiste pas à contourner les niveaux de management. Colas fonctionne avec une organisation structurée par zones, pays, régions et agences. Le terrain complète cette architecture. Il donne au dirigeant la matière nécessaire pour apprécier les décisions qui remontent jusqu’à lui.

Cette présence traduit aussi une forme de respect pour les métiers. Avant de décider de rénover un outil industriel, de maintenir une implantation ou de réorienter une activité, il faut savoir ce que les équipes vivent réellement.

La lucidité comme principe de direction

Dans l’entretien avec Xavier Rodriguez, Pierre Vanstoflegatte ne présente jamais le leadership comme une succession de décisions spectaculaires.

Il parle davantage de sélectivité, de cohérence et de lucidité.

Diriger implique de reconnaître qu’une entreprise ne peut pas réussir partout. Certains marchés ne correspondent pas à son modèle. Certaines responsabilités dépassent ses compétences. Certaines implantations ne disposent pas de la taille nécessaire pour être durablement performantes.

Cette capacité à reconnaître les limites de l’organisation constitue l’un des traits les plus marquants de son discours. Elle ne traduit pas un manque d’ambition. Elle permet de concentrer les ressources sur les situations où l’entreprise peut réellement produire, apprendre et se développer.

Une carrière guidée par la disponibilité

À la fin de l’épisode de BUILD, Pierre Vanstoflegatte utilise une image pour résumer son parcours : il faut être présent à l’arrêt lorsque le bus arrive, puis accepter de monter.

Cette formule rassemble plusieurs dimensions de sa trajectoire : la préparation, la mobilité, la curiosité et la capacité à saisir des occasions qui n’étaient pas nécessairement programmées.

Elle montre aussi qu’une carrière de dirigeant ne se construit pas seulement par l’accumulation de titres. Elle se développe en acceptant des environnements nouveaux, des responsabilités difficiles et des expériences susceptibles de déplacer les certitudes.

Conclusion

Le portrait dressé dans BUILD révèle un dirigeant attaché aux infrastructures parce qu’elles donnent une forme concrète au travail collectif.

Du tunnel du RER D à la direction de Colas, Pierre Vanstoflegatte conserve un même fil conducteur : comprendre les métiers, respecter ceux qui les exercent et décider à partir de la réalité.

En donnant la parole à ce type de parcours, Xavier Rodriguez confirme la vocation de BUILD : raconter l’entreprise par celles et ceux qui la construisent, l’organisent et la transforment.

Découvrez le parcours complet de Pierre Vanstoflegatte et son échange avec Xavier Rodriguez dans le nouvel épisode du podcast BUILD.

À LIRE ÉGALEMENT

Pierre Vanstoflegatte : un dirigeant façonné par les chantiers et l’international

Colas : comprendre le modèle d’un groupe intégré des infrastructures

Rentabilité dans le BTP : pourquoi le cash, le risque et le terrain comptent autant que la marge

Blugeon Hélicoptères : précision, sécurité et business model des travaux héliportés

Paul Petzl : ce que les dirigeants peuvent apprendre de sa vision du management

Christian Blugeon : parcours, vision et leçons d’un entrepreneur de terrain

Christian Blugeon dans BUILD : rigueur, risque et exécution au service du business

Podcast Business : écoutez BUILD, le podcast des dirigeants et bâtisseurs par Xavier Rodriguez

Build in public : comment Théo Lion de Coudac a construit un business à 5M€ sur YouTube, avec 60 employés et 5 entités en remote

Podcast BUILD : ce que Jean-Louis Etienne apprend aux dirigeants sur la persévérance et le risque