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EP12_Investisseur startup : comment lever des fonds et convaincre un VC - avec Jean de La Rochebrochard (Kima Ventures)

Au micro de Xavier Rodriguez pour BUILD, Jean de La Rochebrochard donne à voir un visage assez singulier du capital-risque. Il ne parle pas de l’investissement comme d’un métier de prestige ou d’expertise froide, mais comme d’un travail profondément humain, fait d’intuition, d’écoute, de confrontation directe et de lucidité sur les personnes. Ce qui ressort d’abord, c’est qu’il ne décrit pas Kima comme une machine à sélectionner des dossiers parfaits, mais comme un outil au service d’une mission plus large : soutenir les entrepreneurs francophones qui veulent construire grand, même si cela implique qu’une grande partie d’entre eux échouera.

Son parcours éclaire aussi cette posture. Il raconte une trajectoire qui n’a rien de linéaire ni de prédestiné. L’école s’est mal passée, les premiers choix professionnels se sont faits presque par défaut, puis progressivement il a appris à mieux se connaître, à identifier ce pour quoi il était fait, à se déplacer sans cesse jusqu’à trouver son point d’équilibre. Son arrivée chez Kima relève presque du hasard, mais ce hasard n’arrive qu’après une série de prises de risques et de déplacements assumés. On sent chez lui une grande importance accordée à la clarté sur soi-même, à la capacité de ne pas rester au mauvais endroit trop longtemps.

Dans l’échange, il défend une vision très particulière du métier d’investisseur. Il insiste sur le fait que son rôle n’est pas de financer des gagnants déjà évidents, mais d’accompagner des trajectoires de progression. Il parle moins de certitudes que d’apprentissage, moins de succès linéaire que de potentiel à se transformer. Cela l’amène à avoir un rapport assez décomplexé à l’échec : toutes les boîtes ne réussiront pas, mais ce qui compte, c’est ce que les entrepreneurs deviennent en traversant ces expériences. Cette approche donne une tonalité très différente à son discours, plus nuancée que celle d’un pur sélectionneur de performances.

Un autre point fort, c’est sa franchise sur les entrepreneurs eux-mêmes. Il explique que la réussite tient souvent à une combinaison rare entre acharnement et clairvoyance. L’acharnement seul ne suffit pas, parce qu’il peut tourner à l’aveuglement. La clairvoyance seule ne suffit pas non plus, parce qu’elle ne produit rien sans intensité d’exécution. Ce qu’il cherche, ce sont donc des personnalités capables de tenir dans la durée sans perdre le sens de la réalité. Cette idée traverse tout l’échange, y compris quand il parle des erreurs récurrentes des fondateurs : mauvaise maîtrise de la data, manque de méthode dans le recrutement, confusion entre croissance et création de valeur réelle.

Il parle aussi beaucoup du rapport au pouvoir, à la vitesse et à l’ego dans l’écosystème startup. Son regard est parfois dur, mais il est cohérent. Il critique le manque de bon sens, la recherche obsessionnelle de valorisation, l’emballement sur les cycles comme l’IA, la tentation d’aller trop vite et trop cher sans avoir construit des fondations solides. Ce qu’il dénonce en creux, c’est un monde qui oublie parfois les principes de base de l’entreprise au profit de narratifs séduisants. Il ne rejette pas l’ambition, au contraire, mais il rappelle qu’elle doit s’appuyer sur des fondamentaux très simples : le rendement, la rigueur, l’organisation, la capacité à durer.

L’épisode prend aussi une tournure plus personnelle lorsqu’il évoque New Wave et les difficultés traversées récemment. Il parle de ce conflit comme d’une expérience de destruction, mais aussi comme d’un moment où il a dû s’affirmer davantage. Là encore, ce qui est intéressant, ce n’est pas seulement le récit du désaccord, mais ce qu’il en tire sur les relations, les non-dits, la brutalité des ruptures mal préparées et le coût émotionnel des tensions entre associés. Il ne cherche pas à enjoliver cette période, mais à en extraire une leçon de lucidité.

Enfin, ce qui donne beaucoup de relief à l’échange, c’est la place qu’il accorde à la vie intérieure. Il parle de contemplation, de sport, de fatigue, de crises personnelles, de besoin de recul, avec une sincérité assez rare dans cet univers. Il ne se décrit pas comme un investisseur parfaitement lisse ou un modèle de maîtrise permanente, mais comme quelqu’un qui avance avec ses contradictions, ses fragilités, ses exigences et son besoin constant de rester aligné avec lui-même. Cela rend son regard sur la performance plus intéressant encore : il ne réduit jamais la réussite à un résultat financier, mais la relie toujours à une forme d’équilibre, de lucidité et de cohérence personnelle.

Ce portrait montre moins un financier qu’un observateur très affûté des trajectoires humaines. Chez lui, investir ne consiste pas seulement à repérer une opportunité, mais à sentir si une personne saura traverser l’incertitude, encaisser les tensions, apprendre vite et continuer d’avancer sans se mentir.

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