Accéder au contenu principal

EP35_Diriger une PME en France : la réalité (RSE, décisions difficiles) et ce que personne ne dit - avec Catherine Guerniou de la FFB

Dans cet épisode, Xavier Rodriguez reçoit Catherine Guerniou, dirigeante de La Fenêtrière, vice-présidente de la Fédération Française du Bâtiment sur les sujets RSE et écologie, vice-présidente de la CPME, et engagée au CESE. L’échange porte sur les PME du bâtiment, la transmission d’entreprise, la RSE concrète, l’attractivité des métiers, la compétitivité, la réglementation, l’inclusion et le rôle des corps intermédiaires.

Une dirigeante de PME ancrée dans le bâtiment

Catherine Guerniou dirige La Fenêtrière, une entreprise de menuiserie implantée en Île-de-France, à Champigny-sur-Marne. L’entreprise fabrique des menuiseries, revendique un ancrage local fort et une fabrication française. Elle est notamment engagée dans une démarche de qualité, d’origine France garantie et de production locale.

Xavier Rodriguez présente Catherine comme une dirigeante qui coche plusieurs cases importantes : elle dirige une PME industrielle du bâtiment, elle porte des engagements environnementaux, elle défend les TPE-PME, et elle connaît les difficultés très concrètes du terrain.

L’épisode permet donc de parler de RSE sans rester dans les slogans. On parle de production, d’emploi local, de déchets, de qualité de vie au travail, de sécurité, de normes, de coûts, de concurrence européenne et de contraintes réelles pour les entreprises.

La RSE concrète des PME

Catherine Guerniou défend une idée forte : beaucoup de PME font déjà de la RSE sans forcément le nommer.

Pour elle, une PME patrimoniale ancrée dans son territoire agit déjà sur plusieurs leviers : emploi local, relations avec les équipes, partage de la valeur, actions de proximité, soutien à des associations, attention aux ressources et responsabilité vis-à-vis de son territoire.

Elle rappelle que la RSE ne doit pas être réduite à du greenwashing. Pour une PME, les actions sont souvent visibles, concrètes et vérifiables. Elle donne par exemple l’idée d’une entreprise qui soutient un club local, aide une classe d’enfants aveugles ou agit directement sur son territoire.

Son message est clair : il faut distinguer la RSE de façade des engagements réellement incarnés par les entreprises de terrain.

Une conviction environnementale malgré les difficultés

L’épisode aborde frontalement la question écologique.

Catherine Guerniou reconnaît que le contexte est difficile : injonctions réglementaires, concurrence internationale, compétitivité, instabilité des dispositifs, fatigue des entreprises. Mais elle refuse l’idée de baisser les bras.

Elle explique que le bâtiment consomme des ressources et que les entreprises du secteur doivent donc apprendre à mieux les utiliser, à les recycler, à réduire les déchets et à produire avec davantage de sobriété.

Pour elle, l’engagement environnemental n’est pas une option de communication. C’est une nécessité liée aux limites planétaires et à l’avenir du secteur. Elle admet toutefois que cet engagement doit rester compatible avec la réalité économique des PME.

Reprendre une entreprise familiale : un parcours moins simple qu’il n’y paraît

Catherine Guerniou revient longuement sur la reprise de l’entreprise familiale.

Ses parents créent l’entreprise dans les années 1980. Elle commence à travailler avec eux à la fin des années 1990, puis reprend progressivement l’entreprise au milieu des années 2000. Mais cette transmission n’est pas un long fleuve tranquille.

Elle explique que reprendre une PME familiale est complexe. Les fondateurs doivent accepter de céder. Le repreneur doit trouver sa place. Les équipes sont déjà en place, l’entreprise fonctionne déjà, et personne n’attend forcément la nouvelle dirigeante.

Elle reconnaît aussi qu’elle n’était pas immédiatement prête, et que ses parents ne l’étaient pas non plus totalement. Elle quitte même l’entreprise un temps pour aller se confronter à un autre environnement, avant de revenir avec plus de maturité.

Apprendre le bâtiment par le terrain

Catherine Guerniou n’est pas issue techniquement du bâtiment au départ. Elle apprend donc le métier en travaillant dans l’entreprise, mais aussi en se formant, notamment en thermique et acoustique du bâtiment.

Ce point est important dans l’épisode : pour diriger une PME du bâtiment, il ne suffit pas d’avoir une formation en gestion ou en commerce. Il faut comprendre les métiers, les produits, les contraintes techniques, les équipes, les clients, la production et la réalité du chantier ou de l’atelier.

Cette double approche — formation et terrain — nourrit ensuite sa manière de manager et ses engagements professionnels.

Transformer le management : des exécutants aux acteurs

L’un des changements majeurs apportés par Catherine Guerniou concerne le management.

Lorsqu’elle reprend la direction, elle veut sortir d’un modèle trop descendant, dans lequel les collaborateurs sont principalement des exécutants. Son objectif est de remettre les équipes au cœur de l’action.

Elle souhaite que les collaborateurs deviennent acteurs de leur travail, qu’ils comprennent le sens de ce qu’ils font et qu’ils participent davantage à l’amélioration de l’entreprise.

Cette évolution transforme la culture interne. Elle donne plus de sens au travail et permet de mieux mobiliser les compétences.

Sécurité, prévention et qualité de vie au travail

Catherine Guerniou insiste aussi sur la sécurité et la prévention.

Elle refuse l’idée qu’un métier du bâtiment soit présenté d’abord comme “pénible”. Pour elle, il faut travailler sur la prévention, l’organisation du travail, la qualité de vie des collaborateurs et la réduction des risques.

Elle évoque l’importance des organismes professionnels du bâtiment, qui accompagnent les entreprises par des diagnostics, des conseils et une expertise que le dirigeant de PME ne peut pas toujours posséder seul.

Ce point est essentiel : une PME ne peut pas tout maîtriser en interne. Elle a besoin de tiers de confiance, de fédérations, d’organismes spécialisés et de réseaux pour progresser.

Les crises vécues par La Fenêtrière

L’épisode est aussi marqué par le récit de plusieurs crises.

Catherine Guerniou raconte notamment l’arrivée massive d’importations venues des pays de l’Est, qui ont fortement fragilisé la compétitivité de son entreprise. Cette concurrence conduit l’entreprise à arrêter son unité de production aluminium et à passer d’environ 14 collaborateurs à 7.

Elle insiste sur la violence humaine des licenciements économiques. Contrairement à certains clichés, un chef d’entreprise ne licencie pas avec indifférence. Elle explique les nuits difficiles, le poids des décisions, les coûts économiques, les discussions avec les banques et les conséquences sur les relations fournisseurs.

Elle raconte aussi un grave accident subi par un collaborateur, suivi d’une procédure longue liée à une inaptitude professionnelle. Cette situation dure deux ans et demi et coûte plus de 90 000 euros à l’entreprise.

L’importance des réseaux professionnels

Face aux crises, Catherine Guerniou souligne le rôle décisif des réseaux.

Son père lui conseille d’aller à la Fédération Française du Bâtiment. Elle y trouve des outils, des méthodes, des contacts, mais surtout des personnes avec qui échanger.

Le groupe des femmes dirigeantes de la FFB joue notamment un rôle important. Elle y reçoit des conseils très concrets sur les relations avec l’URSSAF, les banques, les assureurs-crédit, les impôts ou les organismes publics.

Pour elle, ces réseaux ne sont pas seulement des lieux de représentation. Ils sont aussi des espaces d’entraide, d’apprentissage, de structuration et de soutien moral.

FFB, CPME, CESE : porter la voix des PME

Catherine Guerniou porte plusieurs mandats. Elle est engagée à la FFB, à la CPME et au CESE.

Dans l’épisode, elle explique que ces engagements sont nourris par ce qu’elle vit dans son entreprise. Elle ne parle pas depuis une position théorique. Elle porte les sujets parce qu’elle les expérimente elle-même : la réglementation, la transition écologique, la compétitivité, l’emploi, l’inclusion, la sécurité, la transmission et les difficultés administratives.

Au CESE, elle insiste sur la fonction de médiation. Il faut savoir écouter, comprendre ce que vivent les autres, exprimer ce que l’on a à dire, et chercher à avancer ensemble malgré les désaccords. Elle présente cette posture comme une forme de facilitation, indispensable à la société civile.

La compétitivité et le poids des règles

Un autre grand thème de l’épisode est le poids réglementaire.

Catherine Guerniou reconnaît que les règles environnementales vont souvent dans le bon sens, mais elle alerte sur leur complexité et sur les distorsions de concurrence. Elle prend l’exemple du bâtiment, mais aussi de l’agriculture, pour montrer que les entreprises françaises peuvent être soumises à des contraintes fortes tandis que des produits importés ne respectent pas toujours les mêmes standards.

Elle résume cette tension par une phrase forte : en France, “on est les champions de la règle”.

Son propos n’est pas de refuser toute norme. Elle défend plutôt une logique d’équilibre : oui à la transition, oui aux exigences environnementales, mais avec des règles applicables, lisibles, stables et compatibles avec la compétitivité des entreprises.

Rénovation énergétique : un système nécessaire mais trop instable

L’épisode aborde aussi la rénovation énergétique.

Catherine Guerniou reconnaît la nécessité de transformer les bâtiments, d’améliorer leur performance énergétique, leur confort acoustique et la qualité de l’air. Mais elle critique les dispositifs trop instables, notamment lorsqu’ils créent des à-coups économiques pour les entreprises.

Xavier Rodriguez et Catherine Guerniou évoquent notamment la difficulté de financer les rénovations globales, le coût des travaux, l’instabilité de MaPrimeRénov’ et le risque de décourager les particuliers comme les professionnels.

Le message est clair : la transition énergétique est indispensable, mais elle ne peut pas fonctionner si les règles changent trop souvent ou si les dispositifs sont trop complexes.

L’attractivité des métiers du bâtiment

Catherine Guerniou et Xavier Rodriguez partagent un constat : le bâtiment souffre d’un déficit d’image.

Les métiers sont souvent associés à la pénibilité, au froid, à la chaleur, à la poussière, à la difficulté physique. Pourtant, ils portent aussi des savoir-faire, de la technique, de l’innovation, de l’utilité sociale et une vraie contribution à la société.

Catherine Guerniou rappelle qu’un monde sans bâtiment serait un monde sans logements, sans commerces, sans lieux de vie, sans infrastructures. Elle évoque aussi Notre-Dame comme une vitrine puissante des savoir-faire du bâtiment, même si Xavier Rodriguez regrette que “l’esprit de Notre-Dame” se soit perdu ensuite dans les arbitrages budgétaires et les choix collectifs.

L’épisode insiste sur la nécessité de mieux raconter ces métiers, d’aller vers les jeunes, de valoriser les CFA, l’apprentissage, les reconversions et l’ascenseur social possible dans le bâtiment.

Le travail comme valeur positive

Un passage important concerne la valeur du travail.

Catherine Guerniou regrette que le travail soit trop souvent dénigré. Pour elle, il est aussi un lien social, un lieu d’épanouissement, une source de fierté et une manière de progresser.

Xavier Rodriguez partage cette idée en rappelant que sa propre progression est liée au travail, au temps investi et à l’effort. Catherine Guerniou insiste sur le fait que le travail peut être noble, valorisant et structurant.

Cette discussion rejoint le sujet de l’attractivité : pour redonner envie aux jeunes de rejoindre le bâtiment, il faut aussi redonner une valeur positive au travail manuel, technique et concret.

Inclusion et diversité : regarder les parcours réels

L’épisode aborde également l’inclusion et la diversité.

Catherine Guerniou refuse les discours déconnectés du réel. Elle rappelle que certaines personnes quittent leur pays très jeunes non par plaisir, mais parce qu’elles ont vécu des situations difficiles. Derrière les parcours migratoires, il y a des histoires humaines, des contraintes, des ruptures et souvent beaucoup de courage.

Son approche est pragmatique : dans les entreprises, il faut être capable d’accueillir, d’intégrer, de former, de comprendre les parcours et de donner une place à ceux qui veulent travailler.

Ce que l’épisode révèle de Catherine Guerniou

L’épisode montre une dirigeante à la fois engagée et lucide.

Engagée, parce qu’elle croit à la RSE, à l’ancrage territorial, à la fabrication française, à la transition écologique, à l’inclusion, à la prévention et à la valeur des métiers du bâtiment.

Lucide, parce qu’elle connaît les limites du système : complexité réglementaire, distorsions de concurrence, déficit d’image, instabilité des aides, difficultés de recrutement, poids administratif et fragilité économique des PME.

Elle ne tient donc ni un discours naïf, ni un discours résigné. Elle défend une voie exigeante : continuer à agir, mais en partant du réel.

Son super pouvoir : être facilitatrice

À la fin de l’épisode, Catherine Guerniou explique que son super pouvoir est sans doute sa capacité à être facilitatrice.

Pour elle, être facilitatrice signifie écouter, comprendre ce que vivent les autres, jouer un rôle de médiation et aider des mondes différents à avancer ensemble. Elle relie cette capacité à ses expériences dans l’entreprise, les organisations professionnelles et le CESE, où la société civile doit parfois transformer le dissensus en capacité d’action collective.

Ce qu’il faut retenir de l’épisode

Cet épisode avec Catherine Guerniou est une plongée très concrète dans la vie d’une PME du bâtiment.

Il montre que la RSE n’est pas seulement un sujet de grands groupes. Elle peut être profondément ancrée dans les PME : produire localement, créer de l’emploi, prendre soin des équipes, réduire les déchets, améliorer la sécurité, soutenir son territoire et transmettre des savoir-faire.

Il rappelle aussi que la transition écologique ne réussira que si elle tient compte de la réalité économique des entreprises. Trop de règles, trop d’instabilité et trop de complexité peuvent fragiliser ceux-là mêmes qui doivent mettre en œuvre la transformation.

Enfin, l’épisode défend une idée forte : les métiers du bâtiment sont essentiels, utiles, techniques, humains et porteurs de sens. Pour les faire aimer à nouveau, il faut les montrer tels qu’ils sont vraiment : exigeants, mais nobles ; difficiles parfois, mais profondément nécessaires.

AUTRES ÉPISODES

EP02_De zéro à 100M€ : créer et vendre son entreprise en partant d'une cité HLM avec l’entrepreneure Stéphanie Delestre (Jury QVEMA, M6, QAPA…)

EP30_Comment scaler son business ? Les secrets d'Alec Henry : les erreurs à éviter et les clés pour structurer sa croissance

EP39_Croissance externe, actionnariat salarié, rénovation énergétique : comment structurer un groupe de 100 à 420M€ en 8 ans ? Avec Frédéric Viet

EP03_Build in public : comment Théo Lion de Coudac a construit un business à 5M€ sur YouTube, avec 60 employés et 5 entités en remote

EP04_Lutter contre la pollution plastique et dépolluer les océans : Simon Bernard & l’expédition de Plastic Odyssey - 3 ans sur un bateau

EP41_REDIFFUSION EXCEPTIONNELLE : Comment Petzl a construit une entreprise solide - avec Paul Petzl | Entrepreneuriat, croissance, management

EP40_Vision, cash, croissance : le vrai danger qui bloque la croissance des entreprises, un échange avec Samuel Tual (MEDEF & Groupe Actual)

EP38_Construire un leader du vin sans alcool (16M€ de CA, 65 pays) avec Mathilde Boulachin (Chavin)

EP35_Diriger une PME en France : la réalité (RSE, décisions difficiles) et ce que personne ne dit - avec Catherine Guerniou de la FFB

EP05_Reconstruction de Notre-Dame de Paris : comment la cathédrale a été sécurisée après l’incendie, les grands chantiers - Guerin Chatenet pour Jarnias

À LIRE ÉGALEMENT

Blugeon Hélicoptères : précision, sécurité et business model des travaux héliportés

Paul Petzl : ce que les dirigeants peuvent apprendre de sa vision du management

Christian Blugeon : parcours, vision et leçons d’un entrepreneur de terrain

Christian Blugeon dans BUILD : rigueur, risque et exécution au service du business

Podcast Business : écoutez BUILD, le podcast des dirigeants et bâtisseurs par Xavier Rodriguez

Build in public : comment Théo Lion de Coudac a construit un business à 5M€ sur YouTube, avec 60 employés et 5 entités en remote

Podcast BUILD : ce que Jean-Louis Etienne apprend aux dirigeants sur la persévérance et le risque

Jean-Louis Etienne : le portrait d’un homme qui a refusé les trajectoires toutes faites

Persévérance : le projet porté par Jean-Louis Etienne, entre logistique scientifique, exigence maritime et vision de long terme

Paul Petzl dans BUILD : rediffusion inédite, conférence annuelle de la SPRAT et Petzl RopeTrip 2026